"Crimes of the Future": plongée au coeur des ténèbres de Cronenberg à Cannes

Ce lundi soir, la Compétition du 75e Festival de Cannes célébrait le retour au grand écran du cinéaste canadien qui, à 79 ans, signe un film synthèse de son œuvre, foutraque mais passionnant avec Léa Seydoux et Viggo Mortensen. À voir en salles dès ce mercredi.

Hubert Heyrendt, à Cannes

Au Pirée, près d'Athènes, Saul Tenser (Viggo Mortensen) et Caprice (Léa Seydoux) forment un couple de performeurs adeptes du body art extrême. L'homme est en effet capable de developer en lui de nouveaux organes, des tumeurs que sa compagne tatoue à l'intérieur de son corps, avant de les extraire sur scène, devant un public conquis par ce spectacle macabre.

Alors que les corps humains semblent évoluer de façon anarchique, la Nouvelle Brigade des Mœurs s’intéresse de près à ce prophète malgré lui d’une Humanité nouvelle. Très inspirés par sa démarche, les deux responsables du Registre National des Organes (Don McKellar et Kristen Stewart) se rapprochent du duo. Tout comme le responsable d’une étrange secte de mangeurs de plastique…

Présenté en Compétition du 75e Festival de Cannes ce lundi soir et sur les écrans belges dès ce mercredi, Crimes of the Future marque le retour au cinéma de David Cronenberg, huit ans après Maps to the Stars. Entre-temps, le Canadien avait signé en 2016 Consumés, son premier roman, publié en français chez Gallimard. Et la sensation à la sortie de son nouveau film est exactement la même que lorsque l'on refermait l'ouvrage. Soit le sentiment d'avoir pu pénétrer au cœur de la psyché, pour le moins barrée, de Cronenberg, de découvrir une fois encore la puissance de ses visions, de ses pulsions et autres fantasmes tordus. Le tout au cœur d'une intrigue totalement foutraque, où s'entremêlent politique, technologie, religion, écologie…

Vers une nouvelle humanité

Quatrième film de Viggo Mortensen et David Cronenberg (après A History of Violence en 2005, Les Promesses de l'ombre en 2007 et A Dangerous Method en 2011), Crimes of the Future est le premier à prendre place dans un univers fantastique et fantasmagorique typiquement cronenbergien. Portant le même titre que le deuxième long métrage du cinéaste canadien en 1970, le film marque un véritable retour aux origines pour Cronenberg. Lequel exploite en effet ici jusqu'à son paroxysme la figure centrale de son cinéma, celle de la métamorphose. À l'heure du transhumanisme revendiqué par quelques milliardaires de la Silicon Valley, le thème de Crimes of the Future paraît plus actuel que jamais. Et Cronenberg en livre une vision profondément dérangeante, en ce sens qu'il n'est aucunement question ici de juger ce qu'il montre à l'oeuvre, mais plutôt de laisser libre cours à sa fascination.

Coproduction canado-franco-grecque, Crimes of the Future marque aussi le retour de Cronenberg à la série B plus où moins fauchée, marquée par une esthétique très particulière, celle d'une technologie organique qui aurait déjà fusionné avec les corps humains. Exactement comme c'était le cas dans le visionnaireExistenZ en 1998. Tandis que l'on retrouve ici cette fascination fétichiste pour ces corps mutilés, blessés, malades, associés, comme dans Crash, à la satisfaction érotique."La chirurgie est la nouvelle sexualité", s'exclame ainsi Kristen Stewart, émoustillée à la vision du corps de Viggo Mortensen charcuté par Léa Seydoux… Une phrase qui résume a elle seule ce film inclassable, mais aussi peut-être toute la filmographie de David Cronenberg, maître ès bizarrerie.

Crimes of the Future / Les Crimes du futur Science-fiction Scénario & réalisation David Cronenberg Photographie Douglas Koch Musique Howard Shore Avec Viggo Mortensen, Léa Seydoux, Kristen Stewart, Scott Speedman… Durée 1h47

"Crimes of the Future": plongée au coeur des ténèbres de Cronenberg à Cannes
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