"Nostalgia": retour à Naples

Mardi soir, Mario Martone présentait en Compétition à Cannes un drame napolitain sensible sur le temps qui passe et une amitié brisée. Porté par l'excellent Pierfrancesco Favino.

Hubert Heyrendt, à Cannes
"Nostalgia": retour à Naples
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Quarante ans après avoir quitté brutalement Naples, Felice Lasco (Pierfrancesco Favino) débarque auprès de sa vieille mère, qui habite dans un taudis dans le quartier pauvre et mal famé de la Sanità. Ayant fait fortune en Égypte, il lui loue un bel appartement. Mais le cinquantenaire traîne à rentrer auprès de sa femme (Sofia Essaïdi) au Caire. C'est qu'il est heureux à Naples. Surtout, il a envie de revoir son ami d’enfance, Oreste Spasiano (Tommaso Ragno). Mais à la Sanità, celui-ci est connu comme le loup blanc. Surnommé le "Malommo", celui-ci règne sur l’un des gangs les plus violents de la Camorra. D'ailleurs, tout le monde met en garde Felice: ne reste pas ici, va-t-en! A commencer par Don Luigi (Francesco Di Leva), le prêtre charismatique du quartier, en guerre ouverte conte le "Malommo" et sa bande, qui font régner la mort et la terreur à la Sanità…

Après avoir mis en lumière à la Mostra de Venise, en septembre dernier, le destin du grand dramaturge napolitain Eduardo Scarpetta dans Qui rido io, Mario Martone était déjà de retour à Cannes avec Nostalgia, présenté mardi soir en Compétition Et à nouveau, le cinéaste met en scène la Sanità, ce quartier pauvre de Naples qui était déjà, en 2019, au cœur de son film Il sindaco del Rione Sanità d'après Eduardo De Filippo, le fils de Scarpetta. Depuis quelques années, tout semble en effet se répondre dans la filmographie de Martone et se recentrer sur sa ville natale, qu'il filme depuis ses débuts en 1992 avec Mort d'un mathématicien napolitain.

"Nostalgia": retour à Naples
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Adaptant un roman d'Ermanno Rea, le cinéaste italien aborde forcément son propre rapport à Naples, notamment dans cette façon dont il filme, au passé et au présent, les balades à moto dans les ruelles de la ville de son héros. Quarante ans après son départ, Felice, qui a totalement changé de vie, de langue et même de religion, mais il est bouleverser par ses retrouvailles avec les couleurs, les parfums, les saveurs de son enfance. Il se souvient du goût despolpettede porc de sa mère, il se laisse tenter par un verre de vin… Soit un personnage attachant dans sa simplicité, dans sa fidélité en amitié aussi, campé par l'attachant et placide Pierfrancesco Favino, qui livre une interprétation magistrale.

Mais Nostalgia n'est pas qu'une exploration délicate du retour sur les traces de l'enfance et de l'adolescence. Car se replonger dans son passé n'est pas sans risque pour Felice. Cela fait ressurgir cette amitié, brisée par l'exil, entre deux adolescents dont les destins ont irrémédiablement bifurqué… Et c'est autour d'un événement-clé de leur passé commun que se noue le drame. Très délicat, très italien, Nostalgia n'a cependant sans doute pas les épaules suffisamment larges pour figurer au palmarès du 75e Festival de Cannes.

Nostalgia Drame napolitain De Mario Martone Scénario Mario Martone et Ippolita Di Majo (d'après un roman d'Ermanno Rea) Photographie Paolo Carnera Avec Pierfrancesco Favino, Sofia Essaïdi, Tommaso Ragno… Durée 1h57

"Nostalgia": retour à Naples
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