"Showing Up": la vie d’artiste selon Kelly Reichardt

Vendredi après-midi, la Compétition cannoise présentait son avant-dernier film, un drame minimaliste où l’Américaine Kelly Reichardt retrouve son cher Oregon et son actrice fétiche: Michelle Williams.

Hubert Heyrendt, à Cannes
"Showing Up": la vie d’artiste selon Kelly Reichardt
©D.R.

Présente à Cannes depuis le premier jour du festival — quand elle a reçu, à la Quinzaine des réalisateurs, le Carrosse d'or, prix honorifique décerné par les membres de la Société des réalisateurs de films —, Kelly Reichardt aura dû attendre le dernier jour de la Compétition pour monter les marches ce vendredi après-midi et dévoiler Showing Up, aux côtés de son actrice fétiche Michelle Williams, au ventre très arrondi. Ce film très modeste, qui aurait sans doute plus eu sa place à Un Certain Regard ou à la Quinzaine, a reçu un accueilli poli sans plus à l'issue de sa première officielle au Grand Théâtre Lumière.

Dans Showing Up, Kelly Reichardt s'intéresse dans à Lizzy (Michelle Williams), une sculptrice de Portland, en Oregon. Bossant dans l'école d'art de sa mère, la jeune femme tente tant bien que mal de mettre la dernière marins aux œuvres — des sculptures en céramique — qu'elle présentera lors de sa expo, dont le vernissage est prévu dans une semaine dans une petite galerie de la ville. Mais elle est sans cesse interrompue dans son travail, notamment par son chat, qui réclame sans cesse des croquettes. Avant de blesser un pigeon, recueilli par sa voisine et proprio (Hong Chau), une artiste elle aussi, qui n'a toujours pas réparé la chaudière. Du coup, Lizzy n'a pas d'eau chaude et doit qui plus est veiller sur l'oiseau blessé…

"Showing Up": la vie d’artiste selon Kelly Reichardt
©D.R.

Film minimaliste

Révélée à Cannes en 2008, à Un Certain Regard, avec le merveilleux Wendy et Lucy (déjà avec Michelle Williams), l'Américaine Kelly Reichardt — que l'on avait revue à Venise avec La Dernière Piste et Night Moves ou à Berlin avec First Cow (dernier Grand Prix de l'UCC) — retrouve la Croisette pour la première fois avec Showing Up. Un film parfaitement ancré dans la filmographie de la cinéaste. Toujours coécrit avec le romancier Jonathan Raymond, toujours situé en Oregon et à nouveau porté par Michelle Williams, Showing Up est un drame minimaliste qui décrit, de façon douce-amère, la vie d'artistes sur la Côte Ouest américaine. Une vie bien loin des clichés que le cinéma transmet souvent sur ce milieu.

Campée par Michelle Williams — qui tourne pour la quatrième fois avec Reichardt —, Lizzy ne mène en effet pas une vie palpitante. Renfermée, voire renfrognée, elle passe en effet des journées maussades où même dans son atelier, elle ne semble pas se libérer, ni même prendre de plaisir, comme si son travail prolongeait au contraire sa frustration. Jalouse de sa voisine, qui a plus d’argent, plus de talent, sait mieux s'y prendre avec les hommes, cette fille d’artistes et soeur d’un génie contrarié ne semble pas heureuse dans cette recherche de la créativité à tout prix… C'est ce qui fait tout le sel de ce petit film.

Difficile de ne pas voir dans Showing Up une mise en abîme du travail, artisanal, de Kelly Reichardt elle-même. Cinéaste américaine radicalement indépendante, elle signe un film modeste, à la mise en scène minimaliste (tout comme la jolie bande originale d'Ethan Ross) qui, sur une semaine banale, se contente de décrire une série de micro-événements. L'ensemble ne manque clairement pas de charme, ni d'humour mais, comme face aux oeuvres de son héroïne, on reste d'un enthousiasme mesuré…

Showing Up Drame minimaliste Réalisation et montage Kelly Reichardt Scénario Jonathan Raymond et Kelly Reichardt Photographie Christopher Blauvelt Musique Ethan Ross Avec Michelle Williams, Hong Chau, Maryann Plunkett, André 3000, Amanda Plummer… Durée 1h48

"Showing Up": la vie d’artiste selon Kelly Reichardt
©Cote LLB