Le cinéma ne compte plus les savants fous dont les inventions délirantes servent à fabriquer de terrifiants films d'horreur. 

Alice Woodward n'a rien d'une scientifique extravagante. Elle est phytogénéticienne dans une grosse société et le peu de temps qu'il lui reste, elle le consacre son fils Joe. Bien qu'elle cherche plutôt à passer inaperçue, domestiquant comme elle peut sa flamboyante coiffure rousse ; elle est l'objet de tous les regards, dont certains jaloux et envieux, pour avoir développé une nouvelle fleur en forme de corail vermeil et surtout produisant en quantité, un parfum qui rend heureux.

Il faut toutefois que son propriétaire lui accorde beaucoup de soin et d'attention. Il doit l'installer au chaud, l'arroser tous les jours et surtout lui tenir compagnie, lui parler, car c'est un être vivant. Ce n'est que dans ces conditions que « Little Joe » - le nom que la chercheuse a donné à sa création -, rend heureux

Ce qui rend singulier ce film de Jessica Hausner, c'est précisément que cette fleur ne va pas provoquer de monstrueuses allergies par exemple mais bien, au contraire, remplir son objectif. Son pollen rend heureux, la fleur a de spectaculaires qualités anti dépressives car elle annihile l'authenticité des sentiments. Mais alors que ses collègues les plus circonspects, les plus hostiles, l’applaudissent après avoir humé Little Joe, Alice est saisie par le doute : ne vaut-il pas mieux être réellement malheureux que chimiquement heureux ?

Voila une question intéressante ? Fallait-il une 1h45 pour y répondre, pourquoi pas si on se donne la peine de la développer. Mais les spectateurs de « Lourdes » et de « L'amour fou » n'ont pas oublié que les ambitions de cette ancienne assistante de Michael Haneke sont d'abord formelles. Chaque image est un tableau. Tout comme la fleur dégage un parfum, la toile exhale un plaisir graphique : composition de l'image, traitement des couleurs, équilibre des éclairages. Certes, cela affecte un peu le rythme mais le problème se trouve plutôt du côté du sound designer. Celui-ci a cherché dans un mélange de musique contemporaine et japonisante à recréer les effets anxiogènes du cinéma fantastique. Le résultat, très tape-à-l'oreille, nuit horriblement à l'efficacité vénéneuse du film.