Festival de Cannes

Andrea Arnold est une enfant de Cannes et des Dardenne. Elle fut révélée en compétition dès son premier film « Red Road », confirmée avec « Fish Tank ». Son style a adopté la grammaire des réalisateurs de « Rosetta » en y ajoutant une touche plastique plus marquée.

C'est pourtant aux Etats-Unis, au Kansas, qu'on retrouve cette Britannique, dans une benne à ordures où une adolescente vient de trouver un poulet qu'elle balance à deux enfants. Drame de la pauvreté ? Matérielle peut-être pas, le frigo est plein à la maison, même si c'est surtout de la bière. Quant à la viande, c'était pour les chiens. Mais misère morale certainement, celle des enfants laissés à l’abandon, ou pire. Quand, sur le parking géant du Wallmart, un jeune homme amusant, propose a la jeune fille de rejoindre son équipe de vendeurs de magazines, elle le suit, sans regarder derrière elle.

Elle rejoint ainsi une bonne dizaine de jeunes ados déracinés comme elle qui font désormais du porte-à-porte. L'équipe est pilotée d'une main de fer par une bimbo qui a imposé des règles et du rendement. Une vraie petite entreprise au management « djeune » et brutal. On chante des chansons pour se booster mais celui qui fait le plus petit chiffre d'affaires de la journée se fait taper dessus. Chaque semaine a lieu la soirée des losers où les deux pires vendeurs sont obligés de se battre. Tout cela n'altère pas l'ambiance dans le groupe, qui traverse ainsi les Etats américains dans un gros van en écoutant du rap à donf et en se tronchant le soir.

Andrea Arnold tient un sujet vraiment étonnant , aux possibilités multiples qui vont d'un « Sur la route » à un « Oliver Twist » versions XXI siècle, un scanner de la société américaine, un portrait de sa jeunesse sans attaches. Mais comme dans ses films précédents, une fois le décor planté de façon éblouissante, la réalisatrice se concentre sur son interprète principale, qu'elle filme ici comme une abeille rebelle piégée dans un verre. En effet, Star se tient en marge du groupe notamment car elle est amoureuse du meilleur vendeur - qui aussi l'amant de sa boss - et puis sa technique de vente est plus « amicale » et solitaire.

Si Andrea Arnold n'a pas inventé la quadrature du cercle, elle vient de réussir le film rectiligne qui tourne en rond. Et pendant 162 minutes de caméra à l'épaule qui voit Robbie Ryan capter ici ou là des plans sublimes sans toutefois pouvoir empêcher l'overdose. D'autant moins que tout ce trajet conduisait en fait à une jolie chanson « American Honey » laquelle troussait, le même portrait de la petite Star, en 3 minutes.