Festival de Cannes

Lale et ses quatre sœurs sont orphelines, entre 11 et 18 ans. Elles grandissent dans une petite localité dans le nord de la Turquie. Un après-midi, sortant du lycée, elles jouent avec un groupe de garçon à la plage. Moment d'innocence, mais qui fait grincer des dents chez les bigotes du village qui y voient une débauche lubrique. Sous la pression de la rumeur, leur grand-mère pique une colère à leur retour, qui n'est rien comparée à celle de l'oncle qui a leur charge. Très vite, les cinq jeunes filles se retrouvent confinées au domicile familial, transformé en "usine à bonnes épouses". Mais les soeurs n'entendent pas se laisser priver de leur liberté. Lale, la plus jeune, est à la fois la narratrice et la plus déterminée, même si ses sœurs ne s'en laissent pas conter non plus.

"Mustang" est l'un des plus beaux films des sections parallèles cannoises de cette année, une de ces surprises que réserve la Quinzaine des Réalisateurs chaque année. A l’image de son titre, métaphorique, c'est un film qui déborde de vie, d'énergie, de liberté sauvage mais qui transcende son sujet pourtant si âprement contemporain. S'il évoque (et cite même directement dans un plan) dans son premier quart d'heure le "Virgin Suicides" de Sofia Coppola, il progresse narrativement vers autre chose. La référence est même salvatrice, car elle vient rappeler que le rigorisme est le plus petit dénominateur commun des religions du Livre lorsqu’elles virent à l'intégrisme.

La réalisatrice Deniz Gamze Ergüven use d'un style mêlant cinéma vérité et contemplation, pour mettre en scène cette chronique d'une résistance juvénile et féministe portée par un quintet de jeunes actrices extraordinaires - plus rayonnantes les unes que les autres, totalement naturelles. Sans temps mort, prenant des virages inattendus, vrillé d'humour, c'est une fiction brillante tant dans son écriture (cosignée avec la réalisatrice française Anne Winocour) que de sa mise en scène et son interprétation.

Jamais plombant, malgré sa thématique, « Mustang » est aussi solaire que ses décors. On retient notamment l'épisode aussi désopilant que révélateur de la connerie masculine du match de foot, enchâssé entre une mise en place enlevée et une fin hâletante. Cette bande de filles là en rejoint d'autres, déjà applaudies à Cannes, à la Quinzaine des Réalisateurs ou dans les autres sections. Mais elle s'en distingue, de part son originalité et sa dynamique propres, ainsi qu’une fin assumée et porteuse d’espoir.


Réalisation : Deniz Gamze Ergüven Avec : Deniz Gamze Ergüven, Alice Winocour. Günes Sensoy, Doga Zeynep Doguslu, Tugba Sunguroglu, Elit Iscan, Ilayda Akdogan, Ayberk Pekcan,… 1h37