Festival de Cannes

Arrivé de Cherbourg, c'est la première journée de Stéphane à la brigade anti-criminalité de Montfermeil dans la banlieue parisienne. Ses collèges Chris et Gwada l'ont aussitôt baptisé Pento – autre marque de gomina - à cause de ses cheveux gras. Sa journée commence mal, et ce n'est que le début. On l'emmène faire le tour du quartier. Des blocs HLM déglingués où Chris aime jouer au shérif.

Voilà l'occasion de sortir son grand jeu, les Roumains d'un cirque et les Blacks en sont déjà quasiment aux barres de fer. Les uns accusent les autres de leur avoir voler Johnny, un bébé lion. Chris parvient à calmer tout le monde avec une promesse, le fauve sera retrouvé dans les 24 h. Comment peut-il être aussi sûr, se demande Pento ? Les gamins ne résistent pas à poster leurs conneries, réplique Chris.

Un tour des différents réseaux sociaux et Issa, 12-13 ans, apparaît avec un lionceau dans les bras. Il ne reste plus qu'à le serrer. Mais il joue au foot avec plein de potes et l'interpellation dégénère. Les microbes, comme on les surnomme, caillassent les flics. L'un deux sort son Flash Ball et tire sur Issa qui s'échappe. Il s'écroule entre deux sacs poubelles, inanimé. Ça calme tout le monde. Un ange passe, non c'est un drone qui a tout filmé. La vidéo de la bavure peut précipiter la chute de Chris. En attendant, la loi c'est lui et il est prêt à tout pour récupérer la carte.

Dans son quartier

Des films sur la banlieue française, on n'en a plus vus de cette force depuis « La Haine ». Ça se sent le vrai. D'ailleurs Ladj Ly a filmé son quartier. Avec une maestria époustouflante, il fait monter la tension tout en exposant la complexité d'un territoire que se disputent la police, les frères musulmans, les éducateurs-magouilleurs, les gros trafiquants, sans parler des gitans. Le constat est clair, il n'y pas de place pour les gamins. Dans « The Dead Don't Die », Adam Driver n'arrête pas de dire tout au long du film que cela va mal finir. Avec Ladj Ly, plus nécessaire de le dire.

Et Victor Hugo dans tout cela. C'est à Montfermeil qu'il a écrit une partie des « Misérables ». Pas de Cosette ni de Jean Valjean ici, mais bien Javert et surtout, toujours la même misère. Le film se termine avec une citation de l’écrivain : « Mes amis, retenez ceci, il n'y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes. Il n'y a que de mauvais cultivateurs.”

Ladj Ly, qui n'a rien d'un débutant avec son long passé de documentariste, signe un premier film de fiction dans un climat caniculaire et d'une intensité dramatique qui n'est pas sans rappeler le Spike Lee de « Do the Right Thing ». C'est le premier choc du festival.