Une star discrète. Qui ne défrayait jamais la chronique people ou mondaine, mais qui possédait quelque chose de magnétique à l'écran, ce petit plus fait de charme, de sens de la répartie voire d'impertinence qui fait qu'à chaque apparition, même modeste, elle parvenait à apporter de la profondeur et de l'humanité à son personnage. Caroline Cellier dénotait assurément dans le cinéma français. Elle nous a malheureusement quittés ce mercredi 16 décembre.

La nouvelle a été annoncée par son fils, Nicolas, via Instagram: "Aujourd'hui, on se quitte pour quelques minutes, mais tu auras été et tu resteras éternellement ma force, mes fous rires, mes angoisses, ma dérision, mes coups de sang, ma chevalière des injustices, ma détectrice d'hypocrisie, ma lune, ma Moune, ma mère, ma bataille !"

Le parcours de Monique Cellier (son vrai nom) est assez peu banal. Ses débuts au cinéma, elle les effectue en 1965 dans La tête du client, une comédie de Jacques Poitrenaud. Elle y a pour partenaires Francis Blanche, Michel Serrault et, surtout, le grand copain de ce dernier, Jean Poiret. C'est le coup de foudre, ils ne se quitteront plus. Ils ne se marieront pourtant que bien plus tard, en 1989, trois ans avant le décès de l'acteur de La cage aux folles. Ensemble, ils n'ont eu qu'un enfant, Nicolas, né le 19 novembre 1978.

Au cinéma, Claude Lelouch lui offre un rôle dans La vie, l'amour, la mort, mais c'est Claude Chabrol qui tombe raide dingue d'elle, cinématographiquement parlant, dès sa première apparition dans Que la bête meure, en 1969. Il ne la fera tourner qu'une deuxième fois, dans Poulet au vinaigre, en 1984, mais lui vouera toujours une immense admiration. Caroline Cellier, elle, a envie de toucher à tous les genres. Après Les aveux les plus doux, Edouard Molinaro lui offre la possibilité de devenir la femme de Jacques Brel, à savoir Louise Pignon, dans L'emmerdeur.

Sa classe et son sens de la réplique qui fait mouche lui permettent alors de briller aussi bien dans les drames que les comédies. Qu'elle enchaîne joyeusement: Mille milliards de dollars d'Henri Verneuil, Surprise Party de Roger Vadim, Femmes de personne de Christopher Frank. Ce dernier lui offre le rôle de la mère très sexy de Valérie Kaprisky face à Bernard Giraudeau dans un des plus grands succès de 1984, L'année des méduses. Une performance piquante sur le temps qui passe, qui lui vaut le César de la meilleure actrice dans un rôle secondaire.

Une distinction qui ne change rien à la ligne de conduite de cette touche-à-tout. Elle tourne pour Claude Chabrol (Poulet au vinaigre), Gérard Lauzier (P'tit con), Bernard Stora (Vent de panique), Gérard Corbiau (Farinelli) et décroche une nomination pour le César de la meilleure actrice pour Le Zèbre, de son mari. La fin des années 90 marque aussi le déclin de son envie de tourner. Elle joue bien encore dans Hommes femmes mode d'emploi de Claude Lelouch ou Didier d'Alain Chabat, mais elle n'accepte plus les rôles qu'au compte-goutte. Elle joue encore avec Johnny Hallyday et Fabrice Luchini dans Jean-Philippe en 2005 et achève sa filmographie en 2010 avec Thelma, Louise et Chantal.

Désormais, elle préférait s'adonner à ses autres passions. Son rêve, avouait-elle dans Vivement Dimanche, était de "Nager avec des poissons et des tortues géantes, quelque part sur une barre de corail africaine." On ne sait si elle l'a réalisé. Mais elle avançait dans la vie avec sérénité et toujours cette même discrétion. Sans peur du lendemain: "On peut avoir peur de la maladie, d'être handicapé mais on ne peut avoir peur de la mort. Depuis que je suis toute petite, je me dis qu'on va mourir demain. J'ai toujours eu cette lucidité".

Une grande dame nous a quittés.