Jean-François Richet retrouve Vincent Cassel dans un thriller historique.

La légende de Vidocq a inspiré tant de romanciers (de Balzac à Hugo) et de cinéastes (de Claude Autant-Lara à Douglas Sirk) que l’on en oublierait presque qu’il s’agit d’un personnage historique. Né à Arras en 1775, Eugène-François Vidocq est mort à Paris en 1857 à l’âge de 81 ans. Entre les deux, une vie bien remplie, qui a vu ce fils de boulanger passer du statut de petit voleur à celui de bagnard, à Brest puis à Toulon, où il décroche sa réputation de roi de l’évasion. Avant de devenir indic pour la police de Paris et de monter, pour le préfet Henry (campé ici par Patrick Chesnais), une brigade officieuse chargée de nettoyer les rues des plus dangereux criminels. Ce qui lui ouvrira les portes de l’officialité…


Dans L’empereur de Paris, Jean-François Richet retrouve Vincent Cassel pour la troisième fois après le très raté Un moment d’égarement en 2015 mais surtout le diptyque L’instinct de mort/L’ennemi public n°1 en 2008. Après la biographie musclée du truand Jacques Mesrine, le cinéaste s’intéresse donc cette fois à un semi-truand et semi-flic, porté en tout cas, lui aussi, par un sens de l’honneur.

Le cinéaste ne cherche pas à livrer une biographie historique de Vidocq. Il tente plutôt de réactualiser le personnage littéraire, sans verser dans le fantastique ridicule du Vidocq de Pitof (avec Gérard Depardieu en 2001). Richet fait du Richet, livrant un film ultraviril (même s’il est dédicacé à sa mère, à sa femme et à sa fille), dans lequel Vincent Cassel fait du Vincent Cassel. L’acteur campe avec conviction ce justicier affrontant ses pires ennemis : ces bagnards qui lui ressemblent tant… Qu’il s’agisse du sadique Maillard (Denis Lavant, dans ses œuvres) ou d’un ancien compagnon de chaîne alsacien (Auguste Diehl).

Mais Richet va un peu plus loin. A travers ce personnage, le cinéaste propose en effet une certaine vision de la République, dressant un parallèle avec Napoléon. Il ouvre en effet son film en 1805, au moment où le consul vient d’être nommé empereur. Comme Bonaparte, Vidocq réussit en effet à faire travailler ensemble d’anciens royalistes et d’anciens républicains au service de la France, comme le lui explique Fouché (savoureux caméo de Fabrice Luchini). De quoi apporter un peu de profondeur à cette évocation de la vie politique dans le Paris du début du XIXe siècle, bien reconstitué.

Réalisation : Jean-François Richet. Scénario : Éric Besnard et J.-Fr. Richet. Photographie : Manuel Dacosse. Montage : Hervé Schneid. Avec Vincent Cassel, Freya Mavor, Denis Ménochet, August Diehl, Patrick Chesnais, Olga Kurylenko, Fabrice Luchini… 2 h.