En mars dernier, Bruxelles accueillait pour la première fois une production en anglais de Cats, comédie musicale mythique d’Andrew Lloyd Webber. Pour les fêtes, voici donc le film. Malgré le succès international ininterrompu de Cats depuis sa création à Londres en 1981, il s’agit de la première adaptation au grand écran (à l’exception d’une captation du spectacle en 1998). Et, disons-le d’emblée, c’est un naufrage.

Après ses pathétiques Misérables en 2012, Tom Hooper, l’auteur du Discours d’un roi en 2015 et de The Danish Girl en 2015, se retrouve une nouvelle fois à la barre d’une superproduction musicale. Et à nouveau, le réalisateur anglais livre un film à la limite du regardable et en total contresens avec la comédie musicale originelle…

Pourtant, coécrit avec Lee Hall, le scénario respecte le livret d’Andrew Lloyd Webber, ajoutant quelques moments chantés inspirés des poèmes pour enfants de T.S. Eliot, dont est tiré Cats. Sauf que cette adaptation ôte toute la magie de la production théâtrale, en surjouant tout ce que le cinéma moderne peut offrir.

En termes de changement de décors, cela se justifie. Le dépotoir, décor emblématique de la pièce, n’est ici aperçu qu’au début du film, laissant rapidement place à une rue londonienne, un Milk Bar, une péniche sur la Tamise, des rails de chemin de fer ou, évidemment, un théâtre, The Egyptian. C’est là que doit se tenir, en ce soir de pleine lune, le bal annuel des Jellicle Cats, lors duquel le Vieux Deuteronomy choisira le chat qui pourra s’envoler pour la Félinosphère et renaître… Ou plutôt, en l’occurrence, la Vieille Deuteronomy. Le personnage a en effet été féminisé pour permettre à Judy Dench de réintégrer la troupe de Cats, qu’elle avait dû quitter quelques semaines avant la première londonienne en 1981, après s’être rompu le tendon d’Achille lors des répétitions, remplacée par Elaine Paige dans le rôle de Grizabella.

Plombé par les effets spéciaux

Comme l’ont souligné les critiques dès les débuts de la comédie musicale, Cats repose, on l’aura compris, sur une intrigue bien maigre. Tandis qu’à deux ou trois exceptions près (Mr. Mistoffelees ou The Rum-Tum Tugger), les chansons ne sont guère mémorables. À tel point qu’on doit se taper trois fois Memory, véritable scie popularisée au début des années 80 par Barbra Streisand. On n’y échappe pas ici, par l’entremise de Jennifer Hudson, qui campe la malheureuse Grizabella. Mais c’est clairement Taylor Swift qui hérite du plus beau numéro, en présentant de façon très jazzy le grand méchant Macavity (Idris Elba).

Alors pourquoi, depuis 40 ans, Cats est-il l’un des plus gros succès du West End et de Broadway, mais aussi partout dans le monde ? La fascination face au spectacle naît tout simplement du plaisir que l’on a à voir les comédiens mimer l’élégante façon de bouger des chats ou à observer ceux qui ne participent pas à un numéro prendre des poses félines lascives en attendant leur entrée en scène. Tandis que l’on est époustouflé par la qualité des danseurs. Notamment dans l’impressionnant ballet qui clôture la première partie du spectacle. Lequel est ici complètement flingué par la surabondance d’effets spéciaux. Il n’y a en effet rien d’impressionnant à voir un chat numérique voler dans les airs. Surtout quand les effets spéciaux sont d’une si piètre qualité (sauf pour les costumes, fidèles à l’esprit de la pièce). Tom Hooper use à ce point des écrans verts pour ses décors (et surtout pour les sols) qu’on a l’impression de voir les personnages danser dans le vide…

Ne faisant, in fine, que surligner toutes les faiblesses de la pièce, Cats est un foirage sur toute la ligne, qui risque de refroidir les ardeurs de celles et ceux qui auraient voulu découvrir le spectacle sur scène. Un comble !

Cats Comédie félino-musicale De Tom Hooper Scénario Lee Hall & Tom Hooper Photographie Christopher Ross Musique Andrew Lloyd Webber Montage Melanie Oliver Avec Jennifer Hudson, Taylor Swift, Judi Dench, Rebel Wilson, Idris Elba, Ian McKellen… Durée 1h50.

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