En ce joli mois de mai, qui aurait dû voir la distribution de nombreuses palmes sur le littoral cannois, La Cinetek emprunte les chemins de traverse et met en lumière quelques-unes des moissons réalisées par la fameuse Quinzaine des réalisateurs. Celle qui, dès 1969, en réaction à un palmarès jugé trop figé et réducteur, s’est fixé pour mission de promouvoir la jeune garde créative, les cinéastes précurseurs du monde entier.

Créée après les événements de mai 1968, à l’initiative de Costa-Gavras, Louis Malle et Jacques Deray, notamment, la Quinzaine - comme elle fut rapidement surnommée - s’est développée parallèlement au célèbre festival de Cannes. Portée par la Société des réalisateurs de films (SRF), elle a rapidement permis de révéler des cinéastes inconnus et de doter le 7e Art mondial de nouveaux horizons. Ce fut le cas avec des créateurs comme George Lucas, Ken Loach, les frères Dardenne, Michael Haneke ou encore Spike Lee.

Des frères Dardenne à Werner Herzog

Conformément à la volonté des contestataires cannois, principalement issus de la Nouvelle Vague française et surnommés "les 180", la Quinzaine choisit de faire face à la censure cinématographique et démontre une réelle liberté de choix, "sans contraintes idéologiques ni techniques", sa sélection de films se voulant résolument "moderne et représentative des cinémas du monde".

Coups de génie, coups de folie, histoires singulières, visions illuminées ou magiques : il y a un peu de tout cela au cœur de la Quinzaine. Pour s’en convaincre ou s’en rappeler, il suffit d’écouter Pierre-Henri Deleau - qui en fut durant trente ans (1969-1999) la cheville ouvrière et le porte-parole - évoquer sa découverte d’Aguirre, la colère de Dieu, film que Werner Herzorg réalisa dans des conditions aussi dantesques qu’improbables en pleine jungle amazonienne… Celui qui fut le tout premier Délégué général de la Quinzaine est d’ailleurs l’invité du mois de la plateforme.

Afin de saluer ce moment créatif (11 jours en mai) riche de nombreuses explorations sur la forme et le fond, La Cinetek revient durant tout le mois sur dix temps forts de l’histoire de la Quinzaine, de 1969 à 2019. Des expérimentations osées du nouveau cinéma allemand (Le droit du plus fort de Rainer Werner Fassbinder) aux laboratoires sociaux de Ken Loach avec Family Life et de La Promesse des frères Dardenne. De l’austérité radicale des 71 fragments d’une chronologie du hasard de Michael Haneke au burlesque nonchalant d’Otar Iosseliani, avec son évanescent Il était un merle chanteur. En passant par le film Voyages qui valut également à Emmanuel Finkiel le César de la meilleure première œuvre.

Chaque nouvelle édition du "contre-festival" a été jalonnée des émouvantes "premières projections" de jeunes "inconnus" : Jim Jarmusch (Stranger than paradise), Jaco Van Dormael (et son inoubliable Toto le héros) ou Sandrine Veysset et son Y aura-t-il de la neige à Noël ? au charme diaphane…

À savourer ou (ré)découvrir depuis son canapé.

Dix films de la Quinzaine en mai sur La Cinetek