Ce vendredi 20 février, le Théâtre du Châtelet, à Paris, accueillait la quarantième cérémonie des César. Une édition anniversaire qui a mis à l’honneur une génération qui n’était pas née lorsque furent créés les prix du cinéma français.

Voici les lauréats :

MEILLEUR FILM : Timbuktu, d'Abderrahmane Sissako

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MEILLEUR ACTEUR : Pierre Niney, dans Yves Saint Laurent

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MEILLEURE ACTRICE : Adèle Haenel, dans Les Combattants

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MEILLEUR REALISATEUR : Abderrahmane Sissako, pour Timbuktu

MEILLEUR PREMIER FILM : Les Combattants, de Thomas Cailley

MEILLEUR FILM ETRANGER : Mommy, de Xavier Dolan

MEILLEURE ACTRICE DANS UN SECOND RÔLE : Kristen Stewart, pour le rôle de Valentine dans Sils Maria

MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND RÔLE : Reda Kateb, pour le rôle de Abdel Rezzak dans Hippocrate

MEILLEUR ESPOIR FEMININ : Louane Emera, pour La Famille Bélier

MEILLEUR ESPOIR MASCULIN : Kévin Azaïs, pour le rôle d'Arnaud Labrède dans Les Combattants

MEILLEUR COURT METRAGE : La Femme de Rio, de Emma Luchini et Nicolas Rey

MEILLEUR FILM DOCUMENTAIRE : Le Sel de la Terre, de Wim Wenders et Juliano Ribeiro Salgado

MEILLEUR FILM D'ANIMATION : Minuscule - La vallée des fourmis perdues, de Thomas Szabo et Hélène Giraud

MEILLEUR COURT METRAGE D'ANIMATION : Les Petits Cailloux, de Chloé Mazlo

MEILLEUR MONTAGE : Timbuktu – Sonia Ben Rachid

MEILLEURS DECORS : La Belle et la Bête – Thierry Flamand

MEILLEUR SCENARIO ORIGINAL : Timbuktu – Abderrahmane Sissako et Kessen Tall

MEILLEURE ADAPTATION : Diplomatie – Cyril Gély et Volker Schlöndorff, adapté de la pièce de théâtre Diplomatie de Cyril Gély (coréalisateur du film)

MEILLEURS COSTUMES : Yves Saint Laurent – Madeline Fontaine

MEILLEURE MUSIQUE : Timbuktu – Amine Bouhafa

MEILLEUR SON : Timbuktu – Philippe Welsh, Roman Dymny, Thierry Delor

MEILLEURE PHOTOGRAPHIE : Timbuktu – Sofian El Fani


Retour sur cette soirée

Moins d'une heure avant le début de la 40e cérémonie des César, plusieurs des prestigieux invités et nommés livraient un peu leur sensation. Toujours souriante, l'émotion à fleur de peau, Marion Cotillard exprimait « son amour » des frères Dardenne et sa joie d'être nommée parmi les meilleures actrices pour « Deux jours, une nuit ».

Parmi les grands favoris de cette édition, le réalisateur Bertrand Bonello, dont le « Saint Laurent » partait grand favori avec dix nominations, tempérait la compétition avec « Yves Saint Laurent » de Jalil Lespert, sept fois nommé : « Ce sont des films différents et cela montre qu'il y a différentes manières de traiter du même sujet ». Son interprète principal, nommé pour le César du Meilleur acteur , comme Pierre Niney, qui incarne le couturier chez Lespert, faisait preuve de la même ouverture : « Il n'y aucune animosité. Ce qui est beau, c'est de voir qu'on célèbre un travail et des films différents. »

La réalisatrice Céline Sciamma, en lice pour le César de la réalisation, est arrivée au Châtelet avec trois des actrices de sa « Bande de filles », dont son interprète principale, Karidja Touré, nommée parmi les espoirs féminins qui rigolait : « Si je reçois le César, les filles le loueront. Une semaine chez moi, une semaine chez les autres. »

Et parmi les huit belges de la cérémonie (sept nominations mais deux frères...), le benjamin Marc Zinga, meilleur espoir masculin putatif, avait les honneurs du plateau du Grand Journal sur Canal+. On en oubliait presque que le natif de Likasi était là présent pour son interprétation dans « Qu'Allah bénisse la France » : il fut cuisiné pour sa présence dans le prochain de James Bond, dont il vient de commencer le tournage. Tenu par contrat au secret le plus strict, le comédien s'est contenté, souriant, d'un commentaire élogieux sur son partenaire de « Spectre », Christoph Walz - « un mec super, simple, humble ».

Le président de la 40e cérémonie des César, Dany Boon, l'a ouverte en se permettant un clin d'oeil au (petit) ostracisme dont il a été victime : "Je viens de retrouver dans ma poche les discours des trois César que je n'ai pas reçu". Et s'est permis quelques allusions mi-figue, mi-raisin aux petites fractures du cinéma français : "Avec qui j'ai passé mes vacances au Touquet l'été dernier ? Vincent Maraval, on peut dire qu'à la fin on se connaît."

Et le Boon enfonce le clou en saluant les succès commerciaux du cinéma français : "Mais qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu pour mériter ça" Allusion au carton au box office français, grand absent des nominations. Et paf ! Un pavé dans la marre du cinéma français.

Mais il a terminé par une belle envolée : "En ces temps troublés nous nous devons de faire preuve d'ouverture d'esprit et de tolérance pour tout ce qui fait le cinéma. tout ce qui raconte une histoire parce que le monde a bien besoin qu'on lui raconte des histoires, qui lui font espérer en son humanité."

Louanne Emera, meilleur espoir féminin très ému

Emotion a priori pas feinte pour Louanne Emera, Meilleur espoir féminin pour "La famille Bélier", qui a commencé par saluer les autres nominés - beau fair play. Et qui aussi remercié en langage des signes Lucas, "mon frère". Avant de dédier son César à ses parents. Son partenaire du film, Françosi Damiens semblait tout aussi ému dans la salle.

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Le premier César de Timbuktu est tombé tout de suite après celui de l'espoir féminin. Il a été remis au trois preneurs et mixeurs Son du film d'Abderrahmane Sissako. Suivi tout de suite après de celui de la Meilleur photo, remis à Sofian El Fani. Qui a remercié dans un bel effort les Mauritaniens, les Maliens, les Burkinabé. Joli. Et qui a dédié son prix à sa "très chère Tunisie". A ce moment de la cérémonie, l'esprit du "11 janvier" semblait souffler en faveur de Timbuktu.

La coproduction belge "Minuscule" remporte le César du Meilleur film d'animation

La coproduction belge "Minuscule, la Vallée des fourmis perdues" s'est distinguée dans la catégorie "Meilleur film d'animation" en tant que long métrage lors de la 40e cérémonie des César, qui se déroule vendredi soir au Théâtre du Châtelet à Paris. "Les petits cailloux" sont également repartis avec ce prix mais comme court métrage.

"Minuscule", écrit et réalisé par Thomas Szabo et Hélène Giraud, compte parmi ses producteurs la société Entre Chien et Loup, basée à Bruxelles. Accueilli très positivement par la critique, le film est un premier essai de long métrage après la série "Minuscule, la vie privée des insectes", des capsules humoristiques présentant des coccinelles, fourmis et autres araignées virtuelles insérées dans des décors réels.

Un record de "Merci beaucoup"

Premier des "grands" prix de la soirée, le César du Meilleur Acteur dans un second rôle est allé à Reda Kateb, très méritoirement, pour "Hippocrate". Le comédien a su résumer très bien la grandeur du titre : "Les seconds rôles ont ce quelque chose de solidaire qui est de ne pas être dans la lumière mais au service d'une histoire".

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Toujours chez les Messieurs, comme son équivalente féminine, Kévin Azaïs, était très ému en montant sur scène pour recevoir son César du meilleur espoir masculin. C'était brouillon mais tellement sincère que c'en était beau. Il détient le record du "Merci beaucoup" par minute.

Venu remettre le César du film d'animation, Joann Sfar a poursuivi dans l'esprit "11 janvier" : "Ils ont raison les mecs qui aiment pas le dessin, parce que c'est un truc très très puissant. Moi mon coeur va aussi aux gens qui nous permettent de travailler tranquille. On n'est pas sûr qu'on va pouvoir le faire, mais on va essayer".

Très belle évocation d'Alain Resnais, disparu en 2014

Le premier tout grand instant d'émotion, peut-être le plus beau, de la soirée fut le silence de Kessen Tall, la compagne d'Abderrahmane Sissako, qui est restée sans voix au moment de ses remerciements pour le César du Meilleur scénario original. Timbuktu, à mi-parcours, comptabilise quatre César.

Le traditionnel hommage aux disparus de l'année s'est conclu sur un point d'orgue merveilleux, une évocation en chansons d'Alain Resnais, portée par Sandrine Kiberlain, Lambert Wilson et Pierre Arditi, sans playback. Et devant eux, dans la salle, Sabine Azéma, les larmes aux yeux, revivant plus de trente ans de cinéma en quelques dizaines de secondes d'une rare intensité aux César. Même Edouard Baer en est pratiquement resté sans voix, à son tour.

Un esprit post-#JesuisCharlie

L'air du temps et l'esprit du « 11 janvier », post-« #JeSuisCharlie », a dominé. Mais à juste titre. L'oubli cannois à l'égard de « Timbuktu » d'Abderrahmane Sissako fut rattrapé. Il est réjouissant de voir un Mauritanien et des Tunisiens monter sur scène et dire des mots justes tout au long de cette 40e cérémonie des César – cinq récompenses à l'heure d'écrire ces lignes. De quoi ne même plus penser aux Belges assis dans la salle.

Les mots des artistes de « Timbuktku » résonnent de tous les maux présents du monde. Recevant son César de la Meilleure réalisation, le cinéaste mauritanien a salué la capacité de « cette France extraordinaire ouverte aux autres ». Une réponse puissante à ceux qui, aujourd'hui, en France ou à l'étranger, font tout pour diviser l'Humanité et museler la culture.

Les larmes de Galienne

Guillaume Gallienne n'a pu retenir ses larmes lors du discours de Pierre Niney, élu "Meilleur acteur" pour son rôle dans "Yves Saint Laurent". Les deux comédiens partageaient l'affiche dans ce film.



Quelques tweets de notre journaliste Alain Lorfèvre