"Le Chant des hommes" raconte une grève de la faim de sans-papiers étrangers. Les réalisateurs ont fait appel à des artistes, eux-mêmes migrants. Plusieurs d'entre eux nous ont livré leur histoire, qui rejoint parfois celle de leurs personnages.

"Pour une fois qu’on ne me propose pas un rôle de femme de ménage !", sourit Maria Peredo Guzman. Dans "Le Chant des hommes", elle campe le rôle de Dolores, une jeune latino-américaine un peu naïve et très amoureuse. Un personnage qui plaît beaucoup à cette comédienne et danseuse d’origine bolivienne. "Dolores est positive, pleine d’énergie même dans les moments difficiles. Elle joue la naïve mais, au fond d’elle, elle sait bien ce qu’elle veut pour elle."

Maria aussi sait bien ce qu’elle veut. Depuis son arrivée en Belgique en 2012, à 29 ans, pour rejoindre (et épouser !) un amoureux rencontré au Mexique, elle a réussi, petit à petit, à faire sa place dans le milieu artistique belge. "Il y a peu de rôles pour les artistes latinos et, souvent, ils ne sont pas très intéressants." Lorsqu’elle entend parler du projet du "Chant des hommes" par un ami d’ami, elle n’hésite pas à envoyer son dossier, bien qu’elle soit un peu trop âgée pour le rôle. "Il était très important pour moi de jouer dans un film qui parle des droits humains, tout en incarnant une latino-américaine. Un film qui prend le risque de dire les choses."

Ces "choses", Maria y a été confrontée pour la première fois en débarquant en Belgique. "Je prenais des cours de français et, avec moi, il n’y avait que des travailleurs au noir, des personnes illettrées, des réfugiés. Ils ont été très ouverts et accueillants, alors qu’ils étaient dans des situations bien plus compliquées que la mienne. Je n’avais aucune idée de ce que pouvait être la situation des migrants avant de les rencontrer."

Cette expérience m’a transformée

Les réalisatrices sont convaincues de sa prestation. Dans la peau de Dolores, Maria s’inspire des autres acteurs, entre-temps devenus des amis, embarqués avec elle dans l’aventure. "J’ai beaucoup parlé avec eux pour me mettre dans mon rôle. Je comprends bien ce qu’ils vivent. Moi aussi j’ai connu la difficulté de quitter mon pays, de devoir m’adapter à une nouvelle culture, d’apprendre une nouvelle langue. Comme eux, le soleil me manque, la famille me manque. Cette expérience m’a transformée, en tant qu’être humain et en tant qu’artiste."