Pour Christophe Honoré, Chiara Mastroianni fait le point sur son mariage dans un mélodrame virevoltant.

Professeure d’histoire du droit d’une quarantaine d’années, Maria Mortemart (Chiara Mastroianni) vient de rompre avec l’un de ses étudiants, un jeune Chilien dont le patronyme à lui seul a suffi à la séduire : Asdrubal Electorat. Malheureusement pour elle, son mari Richard Warrimer (Benjamin Biolay) tombe sur un message de son jeune amant ne laissant place à aucune ambiguïté… Alors qu’il se montre abattu, Maria semble, elle, prendre la chose à la légère, comme une évidence après 25 ans de vie commune. "C’est le secret des couples qui durent", plaisante-t-elle. Avant de prendre ses affaires et d’aller s’installer dans un hôtel de l’autre côté de la rue, chambre 212, avec vue sur l’appartement conjugal…

Là, elle tombe sur son mari Richard, mais avec 20 ans de moins (Vincent Lacoste). Lequel est rejoint par son amour de jeunesse, sa prof de piano Irène Haffner (Camille Cottin), et bientôt par un tas d’autres fantômes du passé. En leur compagnie, Maria va profiter de la nuit pour réfléchir à son couple et à sa vie…


Fantaisie grave

Délicieusement théâtral, dans l’utilisation de décors en studios comme dans ses situations, Chambre 212 est une fantaisie mélodramatique virevoltante, où l’on retrouve tout le talent de dialoguiste de Christophe Honoré. Après la gravité de son film précédent, Plaire, aimer et courir vite , qui revenait de façon très intime et très personnelle, sur les années sida, le plus fidèle suiveur de la Nouvelle Vague revient avec un petit film tout en légèreté.

Mais, chez Honoré, la légèreté ne signifie pas absence de profondeur. Grâce à un procédé magique qui permet de confronter passé et présent, Chambre 212 parvient à faire rire tout en proposant une réflexion profondément mélancolique, sur le temps qui passe et ne reviendra pas, sur les regrets face à son existence ou sur le souvenir entêtant d’un amour passé… Une nostalgie totalement assumée par le cinéaste français, jusque dans une bande-son faisant appel, souvent avec humour, à de vieilles chansons d’amour, où l’on oscille entre Apollinaire et Aznavour.

Casting éclectique

Pour camper cette femme infidèle faisant le point sur son couple, Honoré a fait appel à sa fidèle Chiara Mastroianni, qu’il retrouve pour la sixième fois (cf. ci-contre). Épatante de légèreté et de gravité, la comédienne a d’ailleurs décroché le prix de la meilleure actrice à Un Certain Regard à Cannes en mai dernier.

Autour d’elle, Honoré fait graviter Benjamin Biolay, Camille Cottin, Carole Bouquet ou le toujours génial Vincent Lacoste, que le cinéaste retrouve après Plaire, aimer et courir vite. Avec des styles de jeu très différents, tous concourent à construire la tonalité singulière d’un film cinéphile et accessible, poétique et drolatique, et surtout profondément romantique…

Chambre 212 Mélodrame pétillant De Christophe Honoré Scénario Christophe Honoré Photographie Rémy Chevrin Montage Chantal Hymans Avec Chiara Mastroianni, Benjamin Biolay, Vincent Lacoste, Camille Cottin, Carole Bouquet… Durée 1 h 26.

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