Costume trois pièces de rigueur, Christopher Nolan ressemble à l’idée qu’on se fait d’un professeur d’université anglais, cérébral, habité par une retenue à cent lieues de ses films récents, superproductions aux scènes d’action hors-normes.

Tenet, dernier opus de ce metteur en scène au visage le plus souvent ignoré du grand public, n’est pas en reste, avec son budget de 200 millions de dollars et un 747 qui s’encastre en feu dans un entrepôt, entre autres séquences ultra-spectaculaires.

Ce cinquantenaire à l’éternelle mèche d’enfant sage pousse même la zénitude à boire son thé en toute circonstance. "Il a toujours une flasque de thé dans sa poche", confie Michael Caine, acteur fétiche de Nolan qu’on retrouve dans Tenet.

La productrice attitrée, Emma Thomas, n’est autre que la femme de Nolan, rencontrée dès sa première année dans une faculté anglaise bien dotée en matériel de cinéma de pointe.

Pour les liens du sang, Nolan est anglais par son père - publicitaire travaillant notamment aux États-Unis - et américain par sa mère, hôtesse de l’air. Une enfance entre Angleterre et États-Unis, bercée par l’amour du cinéma, des premiers films amateurs bricolés en image-par-image puis en Super 8, et un gros choc avec la découverte de 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick. Un monument auquel Nolan finira par se frotter, puisqu’il en peaufinera une version restaurée en 2018.

Plus que l’exploration de l’espace, c’est celle du temps qui fascine Nolan et traverse toute son œuvre, de la narration contrariée de Memento à la belle idée de temps inversé de Tenet. Mais que contient la tête de Nolan ? Comment écrire un film comme Inception entre réflexion sur les rêves et déraillement-choc de train en plein Los Angeles ? Kenneth Branagh a sa petite idée : "J’ai l’impression que Chris passe deux contrats avec le spectateur. Dans le premier, il s’engage à divertir le public au maximum - c’est indiscutable. Mais avec le second, il compte sur l’intelligence, la passion et la curiosité du spectateur." Du gagnant-gagnant, les films de Nolan ont jusqu’ici rapporté plus de 4 milliards de dollars. (AFP)