Les ciné-clubs ont longtemps été les lieux privilégiés de la cinéphilie. Certains d'entre vous, qui ont connu ces projections particulières ou qui auraient aimé les connaître éprouvent sans doute quelque nostalgie en pensant à cette époque où il semblait possible de refaire le monde en se réunissant convivialement et en discutant d'un film...

Ces années d'avant la télévision sont bien loin derrière nous à présent, pourtant les ciné-clubs ne sont pas morts! On assiste à un retour de la cinéphilie, devenue polymorphe. Cela s'observe par le succès que rencontrent les rééditions des classiques en DVD, par la prolifération des festivals, qui sont souvent aussi l'occasion de participer à des débats, et surtout par une recrudescence des ciné-clubs qui sont souvent les lieux où découvrir des films plus rares ou plus anciens. De plus, la projection sur grand écran permet de jouir d'oeuvres au format pour lequel elles ont été réalisées, à l'inverse de la lucarne domestique.

Diffuser plus largement

Il existe plusieurs types de ciné-clubs. Une première manière de faire consiste à choisir des films sortis pendant l'année qui relèvent, selon l'organisateur, d'un certain intérêt. C'est ainsi que de nombreuses communes belges proposent des projections hebdomadaires pour un prix inférieur à celui que pratiquent les salles de première exclusivité, c'est-à-dire les salles qui sont les premières à pouvoir projeter une oeuvre sur notre marché.

Ces ciné-clubs fonctionnent comme des salles de second circuit, récupérant les pellicules en fin de carrière commerciale, mais ils ne diffusent pas pour autant tout ce qui leur tombe sous la main: ils choisissent en fonction de critères culturels et non plus commerciaux. On peut parler de ciné-clubs de `rattrapage´.

Ainsi, le ciné-club de Rixensart offre des oeuvres telles que `Sur mes lèvres´, de J. Audiard, lequel mérite d'être vu en dehors des salles bruxelloises qui l'ont projeté, ou encore `Gosford park´, dernier opus choral de R. Altman.

Le ciné-club de Leuze-en-Hainaut, propose `Huit femmes´ de F. Ozon, `The War Zone´ de T. Roth... Ciné-apéros, à Watermael-Boitsfort, organise une rétrospective des meilleurs films de l'année, précédés par un court métrage belge, en présence de l'auteur.

Et ils sont nombreux dans le pays à poursuivre cette démarche qui cumule prise de distance avec l'actualité, et donc avec la publicité, et prix rarement supérieur à 4 €.

Certains de ces ciné-clubs `mixtes´ allient programmation récente et redécouverte du patrimoine cinématographique. Ainsi, Le ciné-club de Nivelles, qui fête ses 50 ans cette année, conjugue films récents ambitieux (`Au-delà de Gibraltar´, `Je rentre à la maison´,...) et oeuvres plus anciennes (`Benvenuta´, du regretté André Delvaux).

Ambitions culturelles

Certains ciné-clubs réservent une part de leur programmation à la diffusion de films documents, et dont le souci de construction atteint sans aucun doute celui de la fiction. C'est le cas à Nivelles où l'on pourra voir `Arbres´ de Bruneau et Roudil, et `Nuages´ de Marion Hansel, ainsi qu'à Boitsfort où est organisé un cycle exclusivement consacré aux documentaires.

Enfin, la catégorie des ciné-clubs `cinéphiliques´, pour lesquels l'actualité d'un film est loin d'être un critère de qualité, cueille dans l'histoire du cinéma des films qui se placent dans des programmations thématiques.

Le ciné-club de la commission culturelle de l'ULB, propose le cycle `Histoires urbaines´, avec des projections de films tels que `Chungking Express´ de Wong Kar-wai.

L'université de Liège n'est pas en reste non plus, puisque le ciné-club Nickelodeon qui se déroule en son sein a une programmation bihebdomadaire, qui brasse large parmi les chefs-d'oeuvre de l'histoire du cinéma: on va de `Haute pègre´ de Lubitsch à `Usual suspects´ de Bryan Singer en passant par le `Dr. Folamour´ de Kubrick. Les ciné-clubs donnent également naissance à des événements particuliers. Ainsi, le cinéma du Parc, à Liège, organise des séances pour malvoyants. Le Nickelodeon accueille un festival du film sur l'art, ou des films qui illustrent des conférences. Le ciné-club du Navet, à Ixelles, associe cuisine et cinéma.

Dans le souci de faire événement autour de sa programmation hebdomadaire thématique (en novembre, les mythes et les légendes seront à l'honneur: `OEdipe roi´, `2001, l'odyssée de l'espace´,...), l'asbl Ferme du Bièreau, à Louvain-la-Neuve, propose mensuellement des live soundtracks , ces projections dont la bande son est créée directement par un musicien présent dans la salle.

Par exemple, en novembre, on pourra voir un concert de Jean-Paul Dessy, de l'Ensemble des Musiques nouvelles, sur le film `La chute de la maison Usher´, de Jean Epstein.

La richesse des ciné-clubs est immense et ils sont nombreux à explorer des formules dont leur imagination est la seule limite. En plus de la création d'une certaine convivialité de quartier, leur succès se fait d'autant mieux sentir que les spectateurs sont lassés des films coupés par de la publicité à la télévision et par ceux qui les prennent pour des imbéciles au cinéma.

© La Libre Belgique 2002