Un biopic - anglais - met en scène le destin de la première autrice populaire française, qui défiait la société.

Colette. Il est magnifique l’autographe de Colette, avec cette barre qui plane au-dessus des 2 T. Il lui en aura fallu de la modernité pour l’imposer.

Gabrielle Colette est une jeune fille de la campagne avec de l’éducation, du caractère mais pas de dot lorsque Willy, séducteur mondain pur jus, se propose de l’épouser et de l’emmener à Paris.

Plus précisément dans le tout Paris du spectacle où, en cette fin du XIXe siècle, Willy dirige ce qu’on pourrait appeler une petite entreprise littéraire. En effet, il signe des articles et des critiques dans les journaux, ainsi que des romans ; du papier le plus souvent noirci par d’autres. Encouragée par son mari à se lancer dans l’écriture, Colette s’occupe d’abord du courrier. Puis, elle met tout son cœur et son amour en rédigeant Claudine à l’école pour Willy. Il trouve l’essai trop… féminin et le range dans un tiroir. Il est forcé de le sortir un peu plus tard, pour calmer son éditeur lui réclamant un manuscrit pour lequel il a perçu une avance.


Le succès n’est pas retentissant, il est phénoménal ! Et Willy ne craint pas de s’en attribuer tout le mérite, de se pousser du... col. Il n’a pas reçu de dot mais il possède une poule aux œuvres d’or, qui se satisfait de sa condition car Willy lui octroie une certaine liberté. Elle préfère la compagnie des femmes à celle de son coq.

Même si cela froisse un peu l’oreille d’entendre Colette causer anglais d’un bout à l’autre ; les Anglo-Saxons ont un indéniable savoir-faire en matière de biopic. Et on ne boude pas son pleasure même si Paris et Saint Sauveur sont convertis à la langue de Shakespeare.

De plus, ce scénario, pourtant classique, ne sent pas la naphtaline mais l’air du temps. Car c’est l’histoire de la première autrice populaire, l’initiatrice de l’autofiction. C’est le destin d’une femme hors norme qui a progressivement pris conscience de son talent, de ses désirs, avant de défier la société en affichant sa bisexualité.

Wash Westmoreland montre qu’avec ses livres et son indépendance affichée, Colette fait bouger les lignes d’une société en mutation avec l’arrivée de l’électricité, du téléphone, de la voiture.

Keira Knightley apporte à cette figure plus que littéraire, tout son charisme mais aussi une complexité. Quant à Dominique West (formidable dans The Square), il injecte un peu de nuance à la figure très négative du mari. Certes, il a toujours privilégié son intérêt. Son exploitation et sa trahison de Colette sont impardonnables. Mais ses sentiments pour Colette sont sincères et son rôle fut déterminant dans l’entrée de Colette en littérature.

Sans doute pas suffisant pour sauver Willy.


Colette - Biopic De Wash Westmoreland

Avec Keira Knightley, Dominic West, Eleanor Tomlinson, Fiona Shaw Durée : 1h 52

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