Concrete cowboy pourrait être l’histoire banale d’un gamin qui tourne mal. Élevé par une mère célibataire lassée de ses bagarres incessantes et de ses multiples renvois scolaires. Sauf que le père du gamin en question mène une vie très particulière à Philadelphie. En décidant de conduire Cole auprès de son géniteur, sa mère prend un risque car le passé de Harp (Idris Elba) ne plaide par forcément en sa faveur, mais elle veut croire qu’il pourra parler à son fils et le remettre sur les bons rails.

Pour son premier long métrage, Ricky Staub (The Cage) a choisi de creuser un pan méconnu de l’Histoire des États-Unis. En guise de guide, il a choisi le roman Ghetto Cowboy de Greg Neri.


On suit donc Caleb McLaughlin (Stranger Things) et Jharrel Jerome (When They See Us), duo très crédible d’ados rêvant d’une autre vie qui leur permettrait de sortir du ghetto noir et de poursuivre des rêves en apparence plutôt simples, mais en recourant à de mauvais moyens. L’histoire éternelle de gamins fragiles attirés par tout ce qui brille. Dans leur scénario, Ricky Staub et Dan Welser ont l’intelligence de creuser les desseins des ados et de ne pas les réduire à l’image d’Epinal des gamins qui traînent et qui, forcément, tournent mal. De la même façon, Harp ne se coule pas dans le moule de l’image paternelle rassurante et forte, prête à prendre sans discussion son rejeton sous son aile. Cet entre-deux, auquel renvoient une photographie riche de ses demi-teintes et une réalisation aux angles originaux et audacieux, retient le spectateur qui penserait avoir trop vite saisi l’enjeu.

Bien sûr, il s’agit d’une histoire d’apprentissage mais Cole n’a pas qu’un seul modèle à sa disposition et aucun d’entre eux n’est parfait. Face à ces multiples "propositions", l’ado doit trouver son chemin, seul. Ses hésitations, ses colères et sa défiance presque constante le rendent plus hermétique et forcément, plus intéressant. Quant au décor dans lequel il évolue, il dévoile peu à peu sa beauté et sa précarité. Ce western urbain, entre deux blocs d’un quartier déshérité, a ses parts d’ombre et de douleur. La chaleur humaine et l’entraide ne payant ni les loyers, ni la nourriture des chevaux.

Une histoire effacée et en lambeaux

Anachronique, la communauté des riders de Philadelphie est bien réelle et le mode de vie qu’elle défend a permis à nombreux jeunes noirs du ghetto de s’en sortir grâce à l’amour des chevaux. Mais la pression immobilière est là, toujours plus pesante, qui menace les cow-boys de Fletcher Street bien plus que le chômage ou les dealers… C’est à cette communauté noire, fière de son passé et luttant pour son avenir, que le film rend un hommage sincère, malgré quelques maladresses. Il met ainsi en lumière certains de ses membres les plus attachants pourtant effacés de la grande Histoire de la conquête des États-Unis.

© Netflix

  • Après une présentation au festival de Toronto, le film est disponible sur Netflix.

Concrete cowboy Galop d’apprentissage De Ricky Staub Scénario Ricky Staub et Dan Welser Avec Caleb McLaughlin, Idris Elba, Jharrel Jerome Durée 1h51

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