Daniel (Bartosz Bielenia), ancien délinquant violent de 21 ans, étudie la menuiserie dans un centre éducatif fermé. Proche du prêtre du centre (Łukasz Simlat), le jeune homme rêve d’intégrer le séminaire. Mais, vu son casier, le mieux que le curé puisse faire, c’est de lui décrocher une place dans une menuiserie dans un village reculé à l’autre bout du pays.

Après une nuit de débauche (entre vodka, coke et baise dans les toilettes avec une étudiante), Daniel se rend à son nouveau boulot. Voulant se recueillir dans l’église du village, il tombe sur la jeune Eliza (Eliza Rycembel), qui lui demande s’il vient "de la menuiserie"… Refusant cette image stigmatisante, il tente un coup de bluff et affirme être un prêtre en voyage dans le coin. En guise de preuve, il sort le col romain qu’il avait emporté dans son baluchon. Et le voilà, du jour au lendemain, propulsé par le prêtre alcoolique du village à la tête de cette petite communauté, qui se remet difficilement d’un tragique accident…

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Hypocrisie et dévotion de façade

Nommé à l’Oscar du meilleur film étranger, Corpus Christi est un drame très fort. Découvert avec La Chambre des suicidés en 2011, le jeune cinéaste polonais Jan Komasa accouche, en guise de troisième long métrage, d’une réflexion passionnante sur la foi, dans un pays où l’Église catholique reste très puissante.

Dès le départ, dans le prêche du curé du centre fermé, le film dénonce l’hypocrisie que peut parfois cacher une dévotion de façade, l’homme d’Église rappelant à ses ouailles enfermées que chacune d’entre elles est le "prêtre de Jésus Christ". Une formule métaphorique que va prendre au pied de la lettre ce jeune héros qui, par tous les moyens, tente d’échapper au destin dans lequel l’enferme son passé.

Se faire passer pour un prêtre, célébrer la messe, absoudre les fidèles dans le confessionnal, donner les derniers sacrements… Autant de comportements sacrilèges. Et pourtant, déguisé en père, Daniel semble trouver une forme de paix intérieure. Mieux, il se découvre réellement capable d’aider cette petite communauté en deuil, mieux que le vieux prêtre qu’il remplace un peu par hasard.

C’est là tout le talent de Komasa, de réussir à toujours conserver l’ambiguïté. Pas question pour lui de condamner qui que ce soit, ni ce faux prêtre, ni ses fidèles qui ont besoin de se raccrocher à quelque chose pour vivre. Ce qui compte en effet, ce ne sont pas les convenances de l’Église, mais le mystère insondable de la foi dans la bonté et dans les autres.

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Mise en scène habitée

Habitée par son sujet, la mise en scène de Jan Komasa est vibrante, dans les scènes révélatrices, comme les plus anodines, comme lorsque le faux prêtre boit une bière avec les jeunes du village de son âge. Corpus Christi est un grand film moral sur le mystère, sur le péché et sur la possibilité de se racheter en acceptant de s’ouvrir à celui qui nous a fait du mal ou à celui à qui on a fait du mal.

Dans le rôle de ce jeune délinquant sur la voie d’une improbable et sacrilège rédemption, Bartosz Bielenia est impressionnant. Musculeux, tatoué, les cheveux raz, les yeux bleu profond, il exprime avec force la colère et le mensonge de son personnage, échappé d’un univers de violence. Mais aussi sa possibilité de lumière, lorsque, montant en chaire devant ses paroissiens, il improvise des sermons inspirés qui le surprennent lui-même…

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Corpus Christi / La Communion Drame habité De Jan Komasa Scénario Mateusz Pacewicz Photographie Piotr Sobocinski Avec Bartosz Bielenia, Aleksandra Konieczna, Eliza Rycembel, Łukasz Simlat, Leszek Lichota… Durée 1h56

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