Le 25 janvier 2015, avec plus de 36 % des voix, Syriza remporte haut la main les élections législatives en Grèce. L’espoir du peuple grec est immense. Alexis Tsipras (Alexandros Bourdoumis) a fait campagne sur une ligne claire: remettre en cause les traités européens et délivrer son pays de l’austérité budgétaire dans laquelle la Troïka (Union européenne, BCE et FMI) l’a enfermé, au prix d’une immense souffrance sociale.

Dans sa manche, le jeune nouveau Premier ministre peut compter sur un atout de choix : son ministre des Finances Yánis Varoufákis (Christos Loulis). Diplômé de l’université d’Essex en Angleterre, passé par Cambridge, Louvain ou Austin, le brillant économiste en jeans et veste de cuir a su séduire la City. En secret, il est chargé de mettre au point un plan B pour permettre à la Grèce de survivre à une sortie de la zone euro, la menace non voilée que fait peser le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble (Ulrich Tukur) si le gouvernement grec ne signe pas le mémorandum que lui impose l’Union européenne.

Rire de la tragédie

Adaptant le livre de Yánis Varoufákis Conversations entre adultes. Dans les coulisses secrètes de l’Europe, Costa-Gavras livre enfin le grand film politique auquel il songe depuis des années. Depuis la crise d’austérité imposée, contre toute logique politique ou économique, à son pays d’origine. Étonnamment, pour mettre en scène ce thriller institutionnel - le gouvernement Tsipras finira-t-il par céder face aux pressions des institutions européennes ? -, le cinéaste choisit la farce.

Se glissant au cœur des négociations de l’Eurogroupe et dans leurs coulisses, à Bruxelles, Paris, Londres ou Athènes, Costa-Gavras accouche d’un pamphlet assassin contre l’Union européenne, en usant de l’humour pour souligner le tragique de la situation. Le titre du livre de Varoufákis, comme celui du film, reprend en effet la phrase prononcée par la directrice du FMI Christine Lagarde en pleine réunion de crise, alors qu’autour de la table des négociations les dirigeants se comportaient tous comme des gamins : "Y a-t-il des adultes dans la salle ?"

Passionnant sur le fond

Sur le fond, le film est passionnant. Varoufákis a méticuleusement documenté ces réunions (parfois en les enregistrant secrètement sur son téléphone portable) et chronique une véritable exécution de la Grèce au nom de l’idéologie néolibérale. Ainsi, depuis les crises d’austérité successives imposées, la dette grecque n’a cessé d’augmenter, passant de 109,4 % du PIB en 2008 à 181,1 % en 2018 ! Enrichissant au passage la Banque centrale européenne…

Sur la forme par contre, Adults in the Room est plus problématique. Costa-Gavras n’a pas eu un gros budget. Cela se sent, notamment chez ses acteurs, Grecs en particulier, qui cherchent un peu trop à coller à leur modèle. Surtout, le cinéaste ne fait pas dans la dentelle et opte pour la franche caricature, avec par exemple Ulrich Tukur surjouant l’infâme Docteur Schäuble… À force d’appuyer le trait, Costa-Gavras, trop militant, finit par se tirer une balle dans le pied… Dommage car ce que la Grèce a vécu durant ces premiers mois de 2015 méritait un grand film… Car ce qui fut en jeu, c’est bien le viol de la démocratie grecque. Avec toute l’ironie dont est capable l’Histoire…

Adults in the Room Farce politico-économique De Costa-Gavras Scénario Costa-Gavras (d’après le livre Conversations entre adultes de Yánis Varoufákis) Musique Alexandre Desplat Avec Christos Loulis, Alexandros Bourdoumis, Ulrich Tukur, Aurélien Recoing, Valeria Golino… Durée 2h04.

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