Un reboot de la saga avec un Stallone vieillissant, qui entraîne le fils d’Apollo Creed.

Cela fait près de dix ans qu’on n’avait plus de nouvelles du boxeur le plus célèbre du 7e Art… En 2006, trente ans après le premier film de la saga et seize ans après "Rocky V", Stallone remontait une dernière fois sur le ring dans le très nostalgique "Rocky Balboa", plutôt une bonne surprise qui permettait de relire la légende de l’Etalon italien. Mais cette fois, l’acteur est décidément trop vieux pour enfiler les gants…

A la retraite, Rocky vit chichement dans une petite maison de Philadelphie, gérant tranquillement son petit resto italien, nommé "Adrian’s" évidemment, en souvenir de sa femme, morte d’un cancer. Mais voilà son train-train perturbé par l’arrivée d’un jeune Noir qui prétend être le fils de son ancien ami Apollo Creed. Et cet Adonis (c’est son prénom…) est bien décidé, avec l’aide de la légende de Philly, à marcher sur les traces de son paternel…

Hollywood n’en finit pas de relire ses classiques. De même que "Star Wars 7" est une suite sous forme de quasi-remake du premier épisode de la saga galactique, "Creed" est presque un copier-coller du premier "Rocky", Oscar du meilleur film en 1976. Sinon que si J. J. Abrams s’amuse à tuer le père dans "Star Wars", il est ici question au contraire de renouer avec son "héritage", mot qui revient comme un mantra dans les dialogues. Ces modernisations permettent de faire sortir de leurs placards de vieux héros fatigués (Rocky ou Han Solo) et de satisfaire les fans en multipliant les références aux volets précédents. Ici à travers les clins d’œil à la musique ou à la célébrissime scène de la montée des marches du musée d’Art de Philadelphie…

Ces relectures permettent aussi de prendre la mesure de l’évolution de la société américaine. Si le héros est désormais une femme dans "Star Wars", le boxeur noir n’est plus ici un simple faire-valoir. C’est lui qui s’apprête à botter les fesses du boxeur blanc. Ce qui a changé par rapport à 1976, ce sont aussi les motivations du héros. Il ne s’agit plus d’un pauvre qui combat sur le ring pour exorciser la misère mais d’un fils de millionnaire quittant un beau poste dans la finance pour suivre les traces d’un père qu’il n’a pas connu…

Pour son second long métrage, le cinéaste black Ryan Coogler fait le job, en adaptant le récit originel à la réalité contemporaine sans le dénaturer - jusqu’au suspense sur le ring, la trame est identique…

Mais malgré le titre, ce n’est pas le personnage du jeune Creed qui est le plus intéressant, trop proche du héros originel, mais bien Rocky lui-même, qui se retrouve désormais dans la peau de son ancien mentor Mickey. Ayant tout perdu (femme, fils, fortune…), Balboa se projette dans ce gamin à qui il débobine ses conseils de boxeur old school mais aussi la bonne vieille philosophie hollywoodienne sur les valeurs de la famille, du dépassement de soi par le travail et de l’importance de croire en ses rêves… Un peu convenu quand même.


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 Réalisation : Ryan Coogler. Scénario : R. Coogler et Aaron Covington. Avec Sylvester Stallone, Michael B. Jordan… 2h13.