Le comédien est génial en vieille gloire de la chanson en pleine crise existentielle.

Voilà une lettre qui arrive un peu tard… En 1971, suite à une interview donnée à un magazine par un jeune chanteur folk, John Lennon prenait sa plume pour se proposer de l’aider à ne pas mettre en péril son intégrité artistique quand débarqueraient argent et célébrité. Seulement voilà, la missive n’arrive qu’en 2014 chez Danny Collins. Vieillissante, la star a toujours autant de succès mais n’est pas heureuse de chanter, concert après concert, toujours les mêmes niaiseries : "Hey Baby Doll…" D’autant que dans le public, les petites poupées sont devenues des petites mémés… Cette lettre posthume du leader des Beatles pousse pourtant Collins à remettre sa vie en question. D’un coup de jet privé, il quitte L.A. pour s’installer dans un hôtel perdu du New Jersey, où il drague ouvertement la directrice (Annette Benning), tente de composer ses premières chansons depuis quarante ans et de renouer avec le fils qu’il n’a jamais connu (Bobby Cannavale) et avec sa belle-fille (Jennifer Garner)…

L’anecdote de "Danny Collins" est véridique - le musicien folk anglais Steve Tilston a bien reçu, avec trente-quatre ans de retard, une lettre de Lennon. Mais, précise avec humour le carton d’ouverture : "Ce film s’inspire vaguement d’une histoire qui pourrait être vraie." Le ton du premier film de Dan Fogelman est donné. Le scénariste de "Crazy, Stupid, Love." et "Cars" s’essaye avec brio avec une comédie douce-amère réjouissante, à mi-chemin entre satire d’Hollywood (ici dans sa version rockstar) et exploration tendre des retrouvailles entre un père absent pendant quatre décennies et son fils…

Si le sujet est on ne peut plus convenu, la thématique de la rédemption un cliché hollywoodien (totalement assumé), "Danny Collins" tient entièrement sur les épaules d’Al Pacino. Dans ses derniers films (que ce soit "Manglehorn" de David Gordon Green ou "The Humbling" de Barry Levinson, toujours inédits chez nous), l’acteur joue grosso modo le même rôle, celui d’un vieil homme qui se penche en arrière pour faire les comptes de son existence. Et à chaque fois, dans des registres pourtant très différents, le comédien met beaucoup de lui-même pour trouver la justesse de son personnage.

Pacino en fait ici des caisses dans le rôle de cette star au grand cœur qui essaye, avec son argent, de se rattraper et de faire le bien autour de lui. Son numéro est franchement over the top mais colle parfaitement à son personnage fantasque. De quoi l’empêcher de verser dans sa propre caricature et, surtout, de voler la vedette à ses partenaires. Son duo de séduction du troisième âge avec Annette Benning est par exemple un régal !

Et si Pacino (assez rare sur nos écrans depuis quelques années) vaut à lui seul l’achat d’un ticket de cinéma, Dan Fogelman réussit, de son côté, son pari, celui d’une comédie sentimentale tendre dont le cinéma indépendant américain a le secret.


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 Scénario et réalisation : Dan Fogelman. Photographie : Steve Yedlin. Musique : Ryan Adams et Theodore Shapiro. Avec Al Pacino, Jennifer Garner, Bobby Cannavale, Christopher Plummer, Annette Bening, Nick Offerman… 1h46