Quand il vient passer le week-end chez ses parents, au bord de la mer et des falaises, Jamie reste dans sa chambre. "La nostalgie" dit sa maman qui s’inquiète de voir son grand garçon, informaticien à Londres, toujours seul à 25 ans.

Le père, lui, ne dit rien. Alors qu’il débarrasse la table, fait la vaisselle, range les assiettes ; on le regarde retourner calmement les questions retorses et les reproches permanents de sa femme. Comme Lendl, en fond de court, il lui remet la balle, poliment mais avec tellement de lassitude. Ça la rend de plus en plus agressive, carrément dingue, elle finit par le gifler. Alors, il monte se coucher. Va-t-il encore supporter cela longtemps ? Non.

Quand elle rentre de la messe, le lendemain matin, il lui annonce sa décision de partir. Elle ne le croit pas, mais constate que son pouvoir n’agit plus. Le temps qu’elle adopte une autre stratégie, il s’en est allé chercher sa petite valise et, sans se retourner, il est parti.

Le sujet est aussi banal que d’actualité, on sort à peine de Marriage Story. Mais, c’est un autre couple - 30 ans de mariage -, un autre décor - une petite cité balnéaire -, et le même trio : femme, mari, enfant.

Deux caractères universels

Edward a tout laissé à Grace. Provisoirement, son unique souhait est de ne plus la voir, ne plus lui parler, ne rien posséder qui évoquerait son souvenir. Grace croyait tenir son mariage sous contrôle, avoir un mari au pied comme un petit chien, et la voilà KO debout avec la laisse en main. Entre eux, il ne reste que Jamie, qui va de l’un à l’autre.

Après avoir été documentariste, réalisateur de série et scénariste (Gladiator), William Nicholson réalise son deuxième long métrage de cinéma à 70 ans, un double portrait de deux caractères universels. Celui d’un homme réservé, qui assume, résigné, son mauvais choix marital. Celui d’une femme de caractère, insatisfaite, qui ne renonce pas à vouloir transformer Edward en son idée du mari modèle.

Deux portraits, pas tendres, pas à charge non plus, car du point de vue de Jamie, lequel tient autant au bras gauche qu’au bras droit qui le balançaient quand il était petit. Unique, sensible, aimant, Jamie l’est-il trop pour aller de l’avant ? Il faudra attendre la très belle fin pour le savoir.

En tout cas, Josh O’Connor a du mal à s’imposer face à ses partenaires chevronnés mais c’est, sans doute, l’effet même recherché par le réalisateur.

Annette Bening ne sort pas le grand jeu mais bien le jeu juste d’une personnalité forte, aux stratégies tordues pour imposer sa volonté. Pas le rôle le plus sympathique mais la comédienne lui donne de la profondeur, du relief, de la complexité.

Bill Nighy, lui, démontre qu’il peut incarner un personnage introverti, avec la même intensité, la même singularité, la même empathie, la même british attitude que tous les extravertis qu’on lui a confiés, dont le chanteur sur le retour de Love Actually, pour n’en citer qu’un. Quel acteur prodigieux !

Hope Gap Mélodrame britannique De William Nicholson Scénario William Nicholson Avec Annette Bening, Bill Nighy, Josh O’Connor Durée 1h 41

© Note LLB