Aucune mention "inspiré d’une histoire vraie" au début ni à la fin du film mais, d’un bout à l’autre, on sent que l’histoire est personnelle. Le dossier de presse confirme.

Camille, 12 ans, fréquente l’école du cirque. Elle a du talent si on en croit ses professeurs. Ses parents, ses petits frères et sœur, sont fiers de ses aptitudes, de sa volonté, de son rayonnement.

Tout roule dans cette famille ? Pas vraiment. Renfermée, fébrile, la maman déprime de ne pas avoir trouvé sa place dans la société. Par hasard, par recherche spirituelle, les parents croisent la route de la communauté de Colombe. Ils sont attirés par leurs valeurs de fraternité, de partage, et surtout éblouis - comme le dit si bien le titre - par le charisme du prêtre animateur qui se fait appeler : le berger.


Très à l’écoute, il trouve rapidement une réponse aux angoisses de la mère en lui confiant la comptabilité de l’association. Elle en est métamorphosée et voue désormais une admiration à celui qui lui a montré la voie et apporté la solution à tous ses problèmes : la prière. Trop content de voir sa femme se rétablir, le père, si gentil et si mou aussi, accompagne le mouvement d’intégration à la communauté. Toute la famille déménage bientôt de l’appartement au presbytère et vit, avec les autres membres, une existence ritualisée faite de chants, de prières communes, de confessions collectives, sous la conduite et l’autorité du berger.

Comme celui-ci considère que le cirque est un manque de respect dû au corps, l’adolescente est forcée d’arrêter son activité. Dès lors, Camille se sent de plus déchirée par des sentiments contraires. D’une part, elle se réjouit de voir sa maman en meilleure santé et elle partage les valeurs énoncées par la communauté. Mais, d’autre part, elle se désole du désintérêt de ses parents, accaparés par leurs tâches d’évangélisation. Elle est, aussi, de plus en plus agacée par ce berger qui voit le diable partout et impose sa loi comme un gourou. Car si elle ne se sent guère en affinités avec les filles de sa classe accrochées à leur smartphone, Camille n’a aucune intention de devenir nonne, pour autant. Déboussolée, elle ruse, se soumet en apparence, jusqu’au moment où elle s’aperçoit que son petit frère souffre, comme elle, mais s’oppose, lui, frontalement au berger. Lequel adore casser celui qui lui résiste, se prendre pour un exorciste et faire sortir le diable.

À distance

La comédienne Sarah Suco, qu’on a vu au côté d’Agnès Jaoui dans Aurore et Place Publique, réalise, à 35 ans, un premier film qui trouve une distance, quasi documentaire, pour exposer le fonctionnement d’une secte au départ de son expérience. On aurait pu s’attendre à un règlement de comptes mais le temps et un coscénariste l’ont conduite vers une approche plus apaisée - en apparence - et plus complexe.

On y sent son attachement à ses parents malgré leur aveuglement. On y entend le double langage du berger, prêchant l’ouverture pour mieux enfermer cette famille en la coupant de ses proches. On y vibre à sa recherche de sens entre matérialisme hyperconnecté et obscurantisme religieux. Son intelligence est d’avoir confié les personnages à de merveilleux acteurs comme Jean-Pierre Darroussin et Eric Caravaca qui donnent de l’épaisseur et invitent plutôt à l’empathie. Camille Cottin dévoile ici une fragilité alors que la petite Céleste Brunnquell a une présence bouleversante.

Toutefois, cette approche nuancée ne fait que renforcer le caractère terrifiant du récit qui voit des enfants livrés à des individus perturbés, lesquels, au nom de Dieu, endoctrinent, bourrent le mou, radicalisent. Une situation d’autant plus terrifiante, que personne ne peut venir à leur secours. Tant que ces communautés - charismatique dans ce cas -, ne se rendent pas coupables d’actes répréhensibles, elles peuvent, en toute impunité, laver les cerveaux.

Les Éblouis Drame vécu De Sarah Suco Scénario Sarah Suco, Nicolas Silhol Avec Camille Cottin, Jean-Pierre Darroussin, Eric Caravaca Durée 1h 39.

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