Aujourd’hui est un grand jour : Neige (Maïwenn) présente à sa famille le livre qu’elle a fait écrire sur son grand-père Émir (Omar Marwan), ancien combattant du FLN durant la Guerre d’Algérie atteint de la maladie d’Alzheimer. Autour de la table, toute la famille est réunie, entre bonne humeur et tensions contenues. Un peu plus tard, la famille se retrouve à nouveau à la maison de retraite. Mais cette fois, c’est pour organiser les funérailles de celui qui maintenait unie cette famille haute en couleur. Et une fois de plus, Neige s’engueule avec sa mère excentrique (Fanny Ardant) et avec sa petite sœur (Marine Vacth)…


Dans ses films, Maïwenn a toujours fait appel à une forme d’auto-fiction. Que ce soit à travers le faux documentaire, comme dans Le Bal des actrices en 2009 ou en campant son alter ego à l’écran, comme dans Polisse en 2011, où elle mettait en scène son couple d’alors avec JoeyStarr. Mais jamais depuis son premier film Pardonnez-moi en 2006 (qui abordait, sous forme de documentaire, les relations difficiles d’une jeune femme avec un père qui l’a battue), l’actrice et réalisatrice ne s’était essayée à un exercice aussi autobiographique.

Dans ADN, film labellisé "Cannes 2020", Maïwenn met en effet en scène sa propre famille - notamment ses liens tendus avec son père, sa mère et sa sœur et son propre côté "toxique" avoué -, mais aussi son travail sur ses origines algériennes. Maïwenn Le Besco a beau porter un nom breton (qu’elle a abandonné dans sa carrière dès 1991), elle a, par sa mère, des origines de l’autre côté de la Méditerranée…

© The Searchers

Agaçant et fascinant

Voir Maïwenn filmer Maïwenn, qu’elle apprécie visiblement beaucoup en tant qu’actrice, a quelque chose de radicalement agaçant. Radicalement égocentrique, la cinéaste livre à nouveau un film totalement autocentré. Sauf qu’ici, nonobstant toutes les maladresses, cela se justifie. Maïwenn ne tourne pas autour du pot et raconte clairement ce qui l’intéresse vraiment : sa propre histoire familiale.

Malgré un goût appuyé pour la mise en scène de relations torturées, la cinéaste parvient cette fois à instiller pas mal d’humour dans cette thérapie familiale, notamment à travers le personnage de Louis Garrel, irrésistible. De quoi permettre de faire passer la pilule de quelques scènes, comme souvent, totalement hystériques.

Et pourtant, il y a quelque chose de fascinant de voir ainsi la cinéaste étaler à l’écran ses névroses familiales et chercher à se reconstruire en renouant avec ses racines algériennes au moment de dire au revoir à ce grand-père adoré. Ce faisant, elle aborde également, en creux, des questions qui la dépassent, comme la famille, l’intégration des immigrés dans la société française, la laïcité, l’islam. Mais aussi une grande question historique entre la France et son ancienne colonie : la blessure toujours purulente de la Guerre d’Algérie et de ce divorce entre deux nations pourtant si proches, notamment à travers les liens familiaux qui se sont tissés des deux côtés de la Méditerranée…

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ADN Drame personnel De Maïwenn Scénario Maïwenn & Mathieu Demy Avec Maïwenn, Fanny Ardant, Louis Garrel, Marina Vacth, Dylan Robert, Alain Françon, Omar Marwan… Durée 1h30

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