L'affaire du salaire des acteurs a encore fait des vagues durant le week-end. Et la charge contre Vincent Maraval, vendeur international et producteur via sa société Wild Bunch auteur de la tribune “Les acteurs français sont trop payés !” (“Le Monde” du 29/12), va croissante. Après les deux pages dans « Libération » du vendredi 4 janvier, le réalisateur Philippe Lioret répondait par voie de tribune dans « Le Monde » du lendemain, tandis que la ministre française de la Culture Aurélie Philippetti nuançait sa propre sortie du week-end précédent. « En période de crise, on peut comprendre que l'on s'interroge sur des cachets exorbitants. Mais, lorsque l'attaque vient d'un professionnel du secteur, elle apporte de l'eau au moulin de ceux qui critiquent le cinéma français et son système de financement » a-t-elle déclaré, en écho à des nombreux professionnels français qui ont pris peur suite à la sortie de Maraval face à une potentielle remise en cause des aides culturelles françaises, parmi les plus avantageuses d'Europe.

Dany Boon « attristé »

De son côté, Dany Boon, présenté comme symbole de l'inflation des salaires, a accordé un entretien au Journal du Dimanche. Dans l'édition du 6 janvier de l'hebdomadaire, le comédien s'élève contre les chiffres avancés par Vincent Maraval. "Ses propos m'attristent beaucoup. D'autant que les chiffres qu'il a donnés sont complètement faux !" L'acteur assure avoir touché 600 000 euros pour son rôle dans le dernier Astérix (coproduit par Wild Bunch), et non un million comme avancé par M.Maraval.

Pour son prochain film « Supercondriaque », Dany Boon assure qu'il touchera 2 millions d'euros et non 10 comme avancé par Vincent Maraval. Mais Dany Boon oublie de préciser qu'il sera aussi payé comme réalisateur et comme scénariste. Et que le début de l'émoi en France sur l'inflation des cachets a débuté lorsqu'il a touché trois millions d'euros pour le scénario de « Rien à déclarer » (plus un intéressement aux recettes), ce qui avait paniqué agents et producteurs à l'époque.

Une source proche de la production nous a confirmé que, concernant « Supercondriaque », si le total de ses cachets cumulé n'était pas de dix millions, c'était effectivement une somme considérable, et au-delà des seuls deux millions touchés comme comédien. Dany Boon se défend également de plomber les comptes du cinéma français et souligne la rentabilité de « Bienvenue chez les Ch'tis » et « Rien à déclarer », des films qui ont rapporté 257 millions d'euros de recette dans le monde, dont quinze reversés au Centre national du cinéma. Il précise encore n'avoir jamais bénéficié du système d'avance sur recette et que ses films ont été co-financés par TF1 (chaîne privée) et non par France Télévisions (service public).

Philippe Lioret « blessé »

D'autre part, le réalisateur Philippe Lioret a aussi répliqué à Vincent Maraval. « Non, je ne suis ni un assisté, ni un parvenu du cinéma » titre-t-il sa tribune dans « Le Monde », citant le texte de Maraval. « J'ai été blessé que Vincent Maraval m'assimile à « une minorité de parvenus », ajoute le réalisateur de « Welcome », qui plus est « profitant du fameux système d'aide du cinéma français ». Mais en préambule, le réalisateur reconnaît pourtant que l'analyse du producteur est « plutôt pertinente » : « les films français sont trop chers car certains acteurs – faut-il entendre par là les têtes d'affiche, car les autres crèvent souvent de faim – touchent des cachets bien supérieurs à ce qu'ils rapportent aux films. »

Michel Hazanavicius : « des problèmes réels »

Même son de cloche pour Michel Hazanavicius : « Vincent Maraval est un punk, il s'exprime avec l'élégance d'un punk... mais il parle de problèmes réels. » « Il faut réfléchir à l'inflation du budget des films », assure le réalisateur de « The Artist », qui est aussi président de l'Association des auteurs, réalisateurs, producteurs (ARP). « La profession du cinéma doit se repenser et le système se réformer », qui concède que si « certains acteurs sont trop payés », « ils ont la cote qu'on veut bien leur donner ». Il estime par contre lui aussi que « le système [du financement] du cinéma français repose sur un cercle vertueux » : « le public ne paie en tant que contribuable, il paye en tant que public du cinéma. Si vous n'allez pas au cinéma, si vous n'êtes pas abonné à Canal+, vous ne financez pas le cinéma. »

Ce qui ramène encore une fois à la question des motivations du vendeur-distributeur. Ce dernier, par l'intermédiaire de la chargée de communication de Wild Bunch, n'a pas souhaité donner suite à nos demandes d'interviews. Mais Wild Bunch soutient son cofondateur. « Ce qu'il a écrit fait partie de nos réflexions de longue date » nous a-t-on dit. « Et le moment ne répond à aucune motivation particulière », nous a-t-on précisé, face aux soupçons, évoqués dans les pages de « Libération », que la tribune de Vincent Maraval serait un part-feu relatif à des sorties difficiles auxquelles Wild Bunch serait confronté. Une chose est sûre : cette tribune laissera des traces.