Avis aux cinéphiles, Days (Rizi) sera montré au 47e Festival du film de Gand. Sublime, le 11e long métrage de Tsai Ming-liang se doit d’être découvert sur grand écran, pour profiter pleinement de son rythme si particulier, si envoûtant. Mais on peut également le découvrir gratuitement, jusqu’à la fin du mois d’octobre, sur le site d’Arte.

Days marque le retour au cinéma du grand cinéaste taïwanais. En 2013, en présentant Les Chiens errants à la Mostra de Venise (où il décrocha leur Grand Prix du jury, dix-neuf ans après son Lion d’or pour Vive l’amour), Tsai Ming-liang annonçait en effet renoncer au cinéma, pour se consacrer au documentaire et à l’art contemporain - le Kunstenfestivaldesarts accueillait ainsi en 2014 sa performance The Monk from Tang Dynasty, déclinée sous forme de documentaires dans la série Walker, dont l'intrigant Voyage en Occident, où l'on voyait l'acteur fétiche du cinéaste Lee Kang-sheng (qui a joué dans tous ses films, depuis son premier téléfilm en 1989) déambuler au ralenti dans les rues de Marseille, habillé en moine bouddhiste. Où, déjà, Tsai explorait la question de la durée et du temps à l'écran.

© D.R.

Exploration du temps

Sept ans plus tard, Tsai semble reprendre exactement là où il s’était arrêté avec Les Chiens errants, qui se clôturait sur un interminable plan fixe hypnotique sur un homme fixant un mur avec, en fond sonore, le bruit de la pluie. En ouverture de Days, on retrouve Lee Kang-sheng. Assis, il regarde par la fenêtre la pluie qui tombe (l’eau est un élément central chez le cinéaste). Le plan fixe dure cinq minutes. L’acteur ne fait rien. Le spectateur plonge dans son regard, synchronise naturellement sa respiration avec la sienne et se trouve aspiré dans la temporalité si particulière de Tsai.

Avec Days, à mi-chemin entre fiction et regard documentaire sur ses acteurs, Tsai Ming-liang pousse à son terme sa réflexion sur l’écoulement du temps. Sans parole, le film est à peine narratif. Fixe, la caméra se contente d’enregistrer, objectivement, la vie et les corps des personnages : une séance d’acupuncture électrique, la préparation d’un ragoût de poisson, une douche… Imposant son rythme, le cinéaste parvient à dilater le temps, forçant le spectateur à quitter le confort de la narration classique pour vivre une profonde expérience esthétique.

Lentement, Tsai Ming-liang nous raconte pourtant une histoire. Ou plutôt la possibilité d’une histoire d’amour, d’une rencontre entre deux hommes seuls, perdus au milieu des bruits de la ville. L’un, taïwanais (Lee Kang-sheng), cherche à tout prix à apaiser ses douleurs au cou. L’autre, immigré laotien à Bangkok (Anong Houngheuangsy), vit le déracinement dans sa chair. Le temps d’une nuit, dans une chambre d’hôtel, leurs douleurs se croisent… C’est simple, beau, mélancolique - ah ! cet hommage aux Feux de la rampe de Chaplin via une boîte à musique… - et toujours aussi sensuel, érotique (comme l’était déjà La Saveur de la pastèque).

Exploration passionnante de la solitude et de l’ennui, Days démontre une nouvelle fois l’immense talent de l’un des plus grands cinéastes contemporains.

© D.R.

"Days" est disponible gratuitement sur Arte.tv jusqu’au 29 octobre. Il sera également projeté, les 14, 18 et 22/10, au Festival de Gand. Rens. : www.filmfestival.be.