Radical ! En cette avant-dernière journée de Compétition à la 77e Mostra del Cinema, le public vénitien a été assommé par le radical Nuevo Orden. Une heure et demie, même pas, pour décrire l’effondrement de la société mexicaine et plonger le spectateur dans le cauchemar de la violence.

Découvert avec Después de Lucía en 2012, qui explorait déjà la violence, à travers le portrait d’une jeune lycéenne harcelée par ses condisciples, revu en 2015 avec Chronic (avec Tim Roth), Michel Franco est l’une des voix les plus singulières du cinéma mexicain contemporain. Pour son sixième long métrage (après Les Filles d’Avril, prix spécial du jury Un certain regard à Cannes en 2017), le réalisateur choisit une approche sans concession pour évoquer les injustices sociales dans son pays.

L’effondrement la société mexicaine

Rayonnante dans son tailleur rouge, la jolie Marianne fête son mariage dans la superbe maison de ses parents, dans un quartier huppé de Mexico. La bonne humeur est de mise. Pourtant, il règne une grande tension. C’est que la ville est en ébullition. Partout, des manifestants, armés de peinture verte, exigent plus de justice sociale. La police est mobilisée, tandis qu’à la radio, on parle de faire descendre l’armée dans les rues… La très chic fête est troublée par l’arrivée d’un ancien employé, qui supplie cette famille richissime de lui prêter les 7500€ dont il a besoin faut pour faire opérer sa femme en urgence dans une clinique privée. Une première intrusion du vrai monde dans cette bulle ultra-protégée. Pas la dernière…

Abordant frontalement la question de la lutte des classes - d’autant plus forte au Mexique, où les plus riches ont déjà fait sécession, en s’installent dans quartiers clos ultra-sécurisés -, Michel Franco dénonce l’omniprésence de la violence, qu’elle soit sociale ou purement physique, en n’éludant rien à l’écran : exécutions sommaires, viols, torture… Pourtant, malgré son explosion à l’écran, cette violence, froide, sèche, n’apparaît pas complaisante. Elle est le moteur même d’un film visuellement très impressionnant, qui propose une vision désespérée sur l’avenir du monde et le cynisme des gouvernants. Un film très intrigant qui a divisé le Lido, mais qui fait réfléchir sur la possibilité, pour nos sociétés fragiles de s’effondrer et de sombrer dans le chaos…

© Mostra

La légitimité de la violence

La violence était également au centre du second film présenté, jeudi, en Compétition : And Tomorrow the Entire World de Julia von Heinz. S’inspirant de son propre parcours de militante d’extrême gauche dans sa jeunesse, la cinéaste allemande (autrice, notamment, de Ce qui compte, c’est la fin en 2007) retrace l’engament de Zoé (Mala Emde), étudiante en Droit, dans un groupe Antifa à Mannheim, où elle va commence à se poser la question de la légitimité de l’usage de la violence pour lutter contre une extrême droite de plus en plus puissante en Allemagne.

Si le thème est intéressant, von Heinz opte pour mise en scène très classique et accouche d’un film très théorique, très appuyé, très pédagogique, qui ne parvient pas à faire vivre ses enjeux par le récit, par les situations et qui a, du coup, beaucoup recours aux dialogues…

© Mostra