Ressortie en version restaurée du classique de Paul Meyer. A ne pas manquer !

Aujourd’hui considéré comme un film culte, "Déjà s’envole la fleur maigre" a longtemps été invisible en Belgique (cf. ci-contre). Lors de sa présentation au Festival International de Porretta Terme en 1960, le film de Paul Meyer a été très favorablement accueilli par Rossellini, Antonioni, Visconti, De Sica et De Santis - autant de figures du néoréalisme dont ce film ovni est un cousin wallon aussi inattendu qu’involontaire.

Le revoici donc ce "Il était une fois dans le Borinage" sur grand écran, dans une magnifique copie restaurée par les soins de la Cinematek (qui éditera également le film en coffret dvd), à l’occasion du 70e anniversaire de la signature, le 23 juin 1946, de la convention entre l’Italie et la Belgique qui prévoyait l’arrivée de 50 000 travailleurs italiens dans les charbonnages belges. Jusqu’en 1957, quelque 303 convois amenèrent 140 000 hommes, 17 500 femmes et 29 000 enfants, venus en très grande majorité des régions pauvres de Sicile et des Abruzzes. En 1959, répondant à une commande du ministère de l’Instruction publique, Paul Meyer a filmé ces Italiens de Belgique dans une "chronique fugace" de ces "pauvres gens sur qui s’acharne la misère".

Placé sous le patronage d’un poème du Prix Nobel de la Paix sicilien Salvatore Quasimodo qui lui donne son titre, "Déjà s’envole la fleur maigre" n’est pas un film politique. A la lisière entre fiction et documentaire, Paul Meyer filme la vie quotidienne dans un charbonnage de Quaregnon. Et notamment Pietro, mineur au chômage à temps partiel qui a pourtant décidé de faire venir sa famille à ses côtés. Sa femme et ses quatre enfants tentent de s’adapter à leur nouvelle vie…

Avec une grande poésie et un grand sens du cadre, "Déjà s’envole la fleur maigre" enregistre des scènes simples : la kermesse au village, les descentes de terril endiablées sur des plaques à tarte, la remontée des hommes de la fosse, le déjeuner à la cantine… Ou se fait tout simplement bouleversant quand il met en scène une distribution de bonbons imaginaires à des enfants privés de tout.

La vie et ses plaisirs simples sont omniprésents dans le charbonnage. C’est pourtant un sentiment de tristesse et de nostalgie qui ressort de ce magnifique portrait en noir et blanc de ces Italiens, mais aussi ces Polonais, de ces Grecs, venus en Belgique avec l’espoir d’une vie meilleure et qui se sont retrouvé cantonnés dans de vétustes baraquements de prisonniers hérités de la Seconde Guerre mondiale. Des hommes et des femmes réduits au rang de main-d’œuvre malléable et docile, même si la lutte syndicale et la grève planent toujours en arrière-plan…

Doux rêveur servant de colonne vertébrale au film, Domenico, ancien mineur rêvant de rentrer en Italie, résume en quatre mots, du haut de son terril, ce grand paysage qui s’étale à ses pieds : "Borinage, charbonnage, chômage et… speranza (espérance)"


© IPM
 Scénario & réalisation : Paul Meyer. Avec Dominico Mescolini, Pietro Sanna, Brighella, Giuseppe Cerqua… 1 h 25.