C’est un nouveau jour sur les chapeaux de roue pour Seok Woo : ce trader toujours entre deux coups de fil et deux cours de Bourse doit, ce matin-là, accompagner en train sa fille de Séoul à Busan, où réside son ex-femme. Ce que Woo ignore, c’est que 24 heures plus tôt, une biche a mordu un routier à la périphérie d’une centrale nucléaire, initiant une épidémie transformant tout un chacun en mort-vivant affamé. Lorsque Woo, sa fille et les autres voyageurs montent dans le train TX, un indésirable se faufile. Le train de la dernière chance se transforme aussitôt en piège mortel…

Ce "Dernier train pour Busan", nous l’avons découvert en projection spéciale de minuit, au Festival de Cannes, un milieu de week-kend, après déjà cinq jours et une quinzaine de films dans la vue. Un test sans appel : si vous ne vous endormez pas et que vous restez scotché jusqu’au terme de 118 minutes, c’est que l’ouvrage a du caractère.

L’auteur de ces lignes confessera un double attrait très subjectif : un plaisir coupable pour les récits avec des zombies et une attraction de quinze ans pour le nouveau cinéma coréen. Mais, là aussi, cela aurait pu être à double tranchant en cas de sentiment de déjà-vu. Ni l’un ni l’autre : ce "Dernier train pour Busan" ne sent pas le faisandé et nous mène à bon port. On en sort une nouvelle fois épaté par la capacité des réalisateurs sud-coréens à réchauffer les plats. Ou l’art du bibimbap (le sauté de riz au légume local) transposé au cinéma.

Notons au passage la présence derrière la caméra de Yeon Sang-ho, auquel on devait déjà un atypique et terrassant film d’animation, "King of Pigs", sur la délinquance juvénile.

Le tour de force de Yeon Sang-ho est de parvenir à surprendre tout en repiquant les meilleurs motifs d’un genre vieux d’un demi-siècle mais de surcroît surexploité depuis dix ans. Ses zombies sont speedés comme ceux de "L’Aube des morts" (2004) de Zack Snyder, ou pratiquent l’esprit de corps comme dans "World War Z" (2013 pour l’adaptation cinéma). Et le film d’horreur est prétexte à une parabole politico-sociale où le pire monstre est d’abord l’humain, lâche et égoïste - avec, ici, un surcroît de commentaire sur la stratification sociale de la société coréenne (et ultralibérale).

La réussite du film réside aussi dans les impasses que le scénario s’ingénie à mettre sur la route des survivants et les solutions qu’ils trouvent. Dans son alternance, aussi, entre suspense tendu et action furieuse ou entre gore et émotion. Et puis, comme ses modèles - George Romero en tête - Sang-ho ne fait aucune concession et assume pleinement le nihilisme apocalyptique de son sujet, jusqu’à une double fin, d’une grande puissance.


© IPM
Réalisation : Yeon Sang-ho. Avec Avec Gong Yoo, Kim Soo-an, Ma Dong-seok… 1h58