Cédric Klapisch ausculte avec tendresse le mal-être de la jeunesse contemporaine.

Rémy (François Civil), la vingtaine, vit seul à Paris dans un petit appartement. La journée, il travaille dans un centre de tri type Amazon, qui s’apprête à remplacer ses employés par des robots. La nuit, il lutte contre l’insomnie… Ses frères l’incitent à s’inscrire sur Facebook, pour voir du monde. Au contraire, Mélanie (Ana Girardot) dort trop, parfois jusqu’à 12 heures par nuit. Jeune chercheuse pour un labo pharmaceutique, elle se remet difficilement d’une rupture amoureuse. Ses copines lui créent donc un compte sur Happn, une application de rencontres. Mal dans leur peau, les deux jeunes gens finissent par consulter un psy (François Berléand pour lui, Camille Cottin pour elle)...

Ce sont ces deux destins symétriques qu’observe Cédric Klapisch dans son dernier film. Deux êtres seuls, inadaptés à la vitesse du monde moderne, qui pourraient se rencontrer. En effet, ils sont voisins, se croisent sans se voir dans le métro, à la pharmacie ou à l’épicerie… Construit sur le principe du hasard et des coïncidences, Deux moi renoue avec les débuts de Klapisch. Ce n’est pas un hasard pour le coup si un petit chat blanc fait le trait d’union entre les deux personnages. Comme Chacun cherche son chat en 1996, le film est d’ailleurs un nouveau portrait du Paris contemporain, même si l’action se déplace de la Bastille vers la Gare du Nord.


À l’écoute de tous les petits détails et de l’air du temps, de tous les tics de la vie moderne, Deux moi choisit la légèreté pour aborder le thème de la dépression. Face aux réseaux sociaux, aux coups de foudre dématérialisés, Klapisch plaide au contraire pour les "vraies" rencontres, celles qui font sens. Mais le cinéaste, à l’écoute des jeunes depuis Le péril jeune en 1994, se montre nettement moins pétillant ou optimiste que dans sa série de L’auberge espagnole. Ouvrière ou scientifique, la jeunesse qu’il met en scène souffre, dans son corps, des diktats d’une société libérale qui, partout, impose l’idée de performance, au boulot comme en amour… Face à cette pression, la seule réponse est celle de la parole libérée grâce aux séances chez le psy (très savoureuses, surtout chez Camille Cottin), où le moi, le ça et le soi se mélangent gaîment.

Au-delà d’un scénario parfois un peu artificiel, dans sa façon de vouloir décrire ces deux solitudes de façon strictement parallèle, on sent bien que ce qui a motivé Klapisch, c’est de tourner à nouveau avec les formidables Ana Girardot et François Civil, déjà au centre de son précédent film, le plus abouti Ce qui nous lie en 2017. S’ils ne font que se croiser durant tout le film, il se crée pourtant, par la magie du cinéma, du récit et du montage, une belle alchimie entre ces deux personnages dont on espère qu’ils pourront un jour enfin se rencontrer…


Deux moi Comédie psychanalytique De Cédric Klapisch Scénario Cédric Klapisch & Santiago Amigorena Avec Ana Girardot, François Civil, François Berléand, Camille Cottin, Simon Abkarian, Pierre Niney… Durée 1h49