Cinéma Autour d’une figure poignante, un film au scénario convenu et prévisible.

Défigurée à l’acide par son ex-compagnon, Jade (Vicky Knight) tente de se reconstruire. Pas simple dans un HLM désargenté de Londres, avec pour tout revenu la maigre paie d’un job dans un call center. Rae, sa fille de deux ans, est désormais effrayée par son visage méconnaissable. Sa mère (Katherine Kelly) ne lui accorde guère d’égards et vit à peine mieux avec son commerce de fringues volées. Sa copine Shami (Rebecca Stone) lui offre encore quelque dérivatif mais son idylle avec Naz (Bluey Robinson), ancien flirt de Jade, souligne d’autant plus ce que la jeune femme a perdu.

La quête de la réalisatrice hollandaise Sacha Polak transparaît dès le début : nous impliquer émotionnellement dans la reconstruction de Jade, faire ressentir sa douleur intérieure derrière les cicatrices physiques - dans une société où l’image importe tant. Le film s’ouvre sur des gros plans de chair meurtrie, brûlée, ellipse de la violence infligée à Jade (Vicky Knight, actrice non professionnelle, fut grièvement brûlée enfant dans un incendie). Ces images, dérangeantes, sont filmées avec délicatesse par Ruben Impens (chef op’ attitré de Felix Van Groeningen).


Promesse déçue d’une exploration sensible du drame vécu par Jade et de sa quête de reconstruction, cette brève inspiration ne se retrouve que dans trois autres scènes. Deux plongées oniriques - où ressurgit la figure fantasmée de son bourreau, sous l’apparence métaphorique du titre - et une autre où Jade trouve une échappatoire en se cachant des regards intrusifs sous un niqab - qui devient, par une inversion audacieuse, objet de libération.

Cette dernière séquence, instant de respiration de la protagoniste comme de la réalisatrice, est une fugace indication d’une direction moins codifiée que Dirty God aurait pu suivre. La ligne toute tracée du scénario ne dévie pas des conventions, avec ce qu’il faut d’éruption sanguine cockney, d’espoirs déçus et de timide embellie.

Attention : spoilers (ou si peu). Jade est immature (sa mère, projection de son avenir, aussi). Jade n’a pas de fric. Jade a un boulot de merde. Jade plonge dans la misère affective (complaisantes scènes de sexe virtuel). Jade veut retrouver son visage via la chirurgie plastique, à tout prix. Jade ira jusqu’au bout de l’impasse. Un peu comme ce film : noble dans son propos, mais où le néon "drame social" clignote en lettres un peu trop grosses au-dessus de chaque séquence.


© IPM
Dirty God Drame social De Sacha Polak Scénario Suzanne Farell et Sacha Polak Avec Vicky Knight, Katherine Kelly, Eliza Brady-Girard,… Durée 1h44