Quand, après 1h40 de film, tombe le générique de fin – car oui, on est professionnel, on est resté jusqu’au bout –, le sentiment est, au mieux, de la consternation; au pire d’avoir été sali par l’humour (si l’on peut dire) pratiqué sans vergogne par Michaël Youn dans son troisième film en tant que réalisateur et où l’éternel adolescent aborde, à 46 ans, son refus de vieillir, de grandir.

Seule consolation, il ne se donne ici qu’un second rôle, confiant le premier à Arnaud Ducret (comédien made in télé grâce à la série Parents mode d’emploi), au charisme de bulot. Ça tombe bien, l’histoire se déroule à Marseille. Après cinq ans de mariage, Ben s’apprête à célébrer comme il se doit ses noces de bois. Sauf que sa femme le trompe en public avec son patron – pas étonnant puisqu’il s’agit de Benjamin Biolay, même son apparition au générique de cette daube risque de faire chuter sa cote de popularité auprès de ses fans…

Ben est alors pris sous son aile par un ancien pote (François-Xavier Demaison), qui l’accueille dans sa villa. Ayant revendu sa start-up, celui-ci l’a transformée en garçonnière, véritable paradis pour ados attardés avec salle de jeu, jakuzi, écran géant pour le foot, piscine et cagoles qui vont avec. Sans oublier un lémurien dans le jardin et, pour les servir, un Arabe avec accent à couper au couteau (pauvre Atmen Kelif). Bientôt, l’endroit se transforme en “Divorce Club”, avec fêtes et alcool à gogo.

Sommet de beaufitude

Il y a 15 ans, Michaël Youn s’était plaint (avec un certain talent) dans une lettre ouverte sur son blog des critiques, ces “scribouillards aigris” incapables de comprendre son génie au moment de la sortie d’Incontrôlable (dont il avouera pourtant quelques années plus tard ne pas être très fier). Et ventait sa propre créativité (enfin, quand il n’est pas accusé de plagiat).

Et de fait, il faut être créatif pour accumuler autant de situations et de blagues aussi stupides, aussi clichées. Son Divorce Club est un véritable condensé de beaufitude, un précipité même. C’est en effet de la connerie à l’état le plus pur. Où Youn se moque des écolos vegan et roule dans de grosses bagnoles – le pauvre n’a sans doute pas encore digéré le vol de son Hummler : 22 litres aux cent et 432g de CO2 au km. Et où il déverse surtout le machisme le plus éculé.

Chez lui, la femme est, au choix, une salope, une hystérique, une mal baisée, une psychopathe, un copain de débauche ou, insulte suprême, une féministe lesbienne tendance camionneur. Sauf, évidemment, si elle se lève le matin pour préparer le petit-déjeuner à son homme. Car le plus dégueulasse, c’est que tout ça est fait sous prétexte de comédie romantique.

Sauf que le romantisme chez Michaël Youn, c’est un humour graveleux. Avec des répliques du genre : “Je me sens aussi excité qu’Harvey Weinstein avant un casting.” Ah Ah Ah ! Voilà un film pas encore sorti qu’il appartient déjà à une autre époque, qu’il faudrait mettre au musée du sexisme.

Divorce ClubComédie macho De Michaël Youn. Avec Arnaud Ducret, François-Xavier Demaison, Michaël Youn, Caroline Anglade, Frédérique Bel, Audrey Fleurot… Durée 1h44

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