Cette adaptation audacieuse mais laborieuse ne réconciliera ni les fans du réalisateur ni ceux de l'écrivain.

Aux lendemains des événements terrifiants de l'Hotel Overlook, en 1980, le jeune Danny Torrance a dû se libérer des fantômes qui le hantaient. Ce qui ne l'empêche pas, trente ans plus tard, d'avoir sombré dans l'alcoolisme, comme son père. Notamment pour dompter son shining, son pouvoir qui lui fait voir les âmes errantes. La fuite de ses démons conduit Danny (Ewan McGregor) dans une petite ville où Billy l'aide à se sevrer.

Seule subsistance de son pouvoir : des messages s'affichent sur le mur de sa chambre. Ils sont l'oeuvre d'Abra, une fillette au pouvoir encore plus intense.

Huit ans plus tard, Abra (Kyliegh Curran), adolescente, a la vision de la mise à mort horrible d'un jeune garçon par la puissante Rose Claque (Rebecca Ferguson) et le Noeud vrai, un groupe d’individus spéciaux qui se nourrissent du psychisme des êtres doués du shining. Sur le mur de Dany, le sinistre message « Redrum » annonce de nouveaux sinistres événements et l’appel à l’aide d’Abra.

Déception pour tous les fans

Doctor Sleep, le film, fera débattre (on en a eu un bon aperçu entre confrères au sortir de la vision de presse). Les fans de Stanley Kubrick comme ceux de Stephen King risquent d'être déçus. Mais chacun pour des raisons différentes.

Il y a des mythes auxquels il convient parfois de ne pas toucher. Mais pour la Warner qui avait produit en 1980 l’adaptation du roman de Stephen King par Stanley Kubrick, la tentation était trop grande (et les profits potentiellement juteux) que pour résister à porter à l’écran la suite écrite par King.

Le dernier n’a jamais fait mystère de ses réserves sur l’adaptation que le premier a fait de son roman, Shining, l’enfant lumière (1977). Le film n’en est pas moins devenu un classique du cinéma d’horreur. Lorsqu’en 2013, King livra la suite du destin de Danny, il s’en tint évidemment à la lettre de son roman, faisant fi des libertés prises par Kubrick.

Triple défi

Double défi, donc, pour Mike Flanagan, qui signe le scénario et l’adaptation de Doctor Sleep. Agréger la suite de King avec la version kubrickienne, plus universellement connue, et souffrir la comparaison avec cette dernière.

Disons d’emblée que ce dernier pari est perdu d’avance. D’autant plus que dès l’ouverture, le souvenir en est convoqué par des échos musicaux et une plongée sur des cimes d’épineux citant le début du film de Kubrick. Flanagan commet de surcroît le péché coupable d’ouvrir et de fermer son film en rejouant une partie de la partition dans les murs de l’Hôtel Overlook, avec des doublures des acteurs de l’époque peu convaincantes (c’est un euphémisme). Passe encore pour le jeune Danny ou Shelley Duvall, mais son pseudo-Jack Nicholson revient à tendre la hache pour se faire démembrer.

Scénario honorable

Pour l'autre défi - réconcilier les romans et la version de Kubrick - le scénario est plus honorable. Flanagan a su, habilement, condenser l’imposante triple intrigue (le destin de Danny, la jeune vie d’Abra, les crimes du Noeud vrai) du roman de King, qui couvre trois décennies. Il parvient aussi à réintégrer le final du Shining de King - que Kubrick avait totalement changé.

Le clin d’oeil aux fans du romancier permet aussi au deuxième film de rester en cohérence avec le premier. Rebecca Ferguson compose une terrifiante Rose Claque et la jeune Kyliegh Curran traduit bien la puissance qui sommeille en Abra. Ewan McGregor fait presque pâle figure à leurs côtés. Il ne porte que de façon factice la malédiction du pouvoir de Danny. Trop brave type et pas assez adulte hanté. Au point que le choix de son destin paraît, à l’écran, incohérent.

Absence de style

C’est surtout là que le résultat est sans appel. Aucune commune mesure entre l’esthétique du Shining de Kubrick et ce très fonctionnel et convenu Doctor Sleep. Lors de la dernière partie, l'excès de citation finit par devenir laborieux et prévisible.

On pensait, en sortant de la salle, au gouffre esthétique entre l’Alien original de Ridley Scott et ses trois premières suites. Mais, au moins, leurs réalisateurs avaient-ils chacun un style personnel. Mike Flanagan en est dénué.

Surtout son Doctor Sleep manque de l’essence élémentaire d’un roman de Stephen King - que Kubrick avait su faire sienne : la terreur à l’état pur. Qu’on l’aime ou non, le Kubrick marque la rétine de son empreinte. Aucune scène de celui-ci ne marquera durablement les esprits.

Doctor Sleep Fantastique De Mike Flanagan. Scénario Mike Flanagan d’après le roman de Stephen King. Avec Ewan McGregor, Rebecca Ferguson, Kyliegh Curran,… Durée 2h32

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