Charlie’s Angels, le reboot, ce n’est pas l’enfer, mais loin d’être le paradis. Pour encore filer la métaphore : ces Anges-ci ne décollent jamais vraiment.

Pourtant les scénaristes ont mis la dose, boostant la petite entreprise de détectives privées de Charlie Townsend en multinationale d’espionnes de choc présentes aux quatre coins du monde - avec autant de Bosley, numérotés à la chaîne, en guise de chaperons.

Le numéro un (Patrick Stewart) prend sa retraite après quarante ans de bons et loyaux services (un petit montage de photos retouchées permet de l’intégrer aux équipes d’origines et des deux films antérieurs). Signe des temps, la relève est assurée d’abord par un Bosley afro-français (Djimon Hounsou). Lequel fait long feu : à peine le temps de réunir deux nouvelles drôlesses - Sabina (Kristen Stewart) et Jane (Ella Balinska) - afin de recueillir les confidences d’une lanceuse d’alerte, Elena (Naomi Scott), et il est passé par pertes et profits.

Bosley est mort, vive Bosley pour un autre signe des temps : soit "une" Bosley, Rebekah. Démarche qui franchit doublement le plafond de verre puisque son interprète, Elizabeth Banks, est aussi bombardée réalisatrice. Dans le même élan progressiste (mais sans trop appuyer la chose), quelques allusions laissent supposer l’homo ou bisexualité de Sabina, effet miroir dont s’amuse Kristen Stewart.

Peps naturel et désinvolte

Après sa cure de respectabilité artistique dans le cinéma d’auteur franco-mondialisé (Assayas, Glatzer, Woody Allen), elle revient résolument au blockbuster avec cette grosse franchise potentielle - qu’elle domine à son corps défendant. Si l’actrice ne tire pas la couverture à elle, son peps naturel et désinvolte fait la différence même si Balinska assure dans les scènes physiques et que Scott, en candide de service, apporte un brin de légèreté. Banks, quant à elle, assure mieux en mentor devant la caméra qu’en réalisatrice d’action derrière. Les deux premiers tiers du film sont un peu laborieux - l’interminable infiltration du siège de la start-up. C’est moins frénétique et insupportable que les Angels clipesques de McG mais monté et rythmé comme il y a vingt ans - autant dire une éternité dans le Hollywood contemporain.

Le film a un sursaut d’adrénaline dans son dernier tiers, mais à ce moment-là, c’est l’intrigue qui par en sucette. On sentait d’autant plus venir le twist qu’on nous l’a déjà servi dans une autre franchise dérivée d’une série culte. Faut croire qu’à Hollywood, à force de multiplier les suites, on n’en a plus du tout dans les idées. Si la vision de l’égalité des genres des studios consiste à reproduire la platitude du cinéma d’action burné, tout le monde sera perdant.

Pour sauver la mise et faire digérer le réchauffé, on nous balance How It’s Done (nouvel hymne officiel des Angels par Kash Doll, Kim Petras, Alma et Stefflon Don) à fond les ballons sur un générique final saturé de caméos de sportives, figures LGBT ou Girls Empowered sans oublier la prima-Angel Jaclyn Smith.

Drôles de dames / Charlie’s Angels Girl Power De Elisabeth Banks Scénario Elizabeth Banks, Evan Spiliotopoulos, David Auburn Avec Kristen Stewart, Ella Balinska, Naomi Scott, Elisabeth Banks… Durée 1h59.

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