La cinquantaine fatiguée, Martin (Mads Mikkelsen), professeur d’Histoire au lycée, déprime. Il se sent vieux, moche et, surtout, il craint d’être devenu chiant. Il le voit dans le regard de ses élèves, mais aussi dans celui de sa femme (Maria Bonnevie), de plus en plus distante… Un soir, alors qu’il partage une bonne table au restaurant avec trois collègues et amis, il craque. La vodka du caviar et le bourgogne du plat principal l’aident à ouvrir son cœur… Le plus jeune, Nikolaj (Magnus Millang), prof de sociologie, l’encourage à boire pour oublier. Et lance dans la conversation la théorie du psychiatre norvégien Finn Skårderu, selon laquelle l’être humain est né avec un déficit de 0,5‰ d’alcool dans le sang, soit l’effet de deux verres de vin.


Au lendemain de cette soirée très arrosée, Martin arrive au lycée avec une bouteille de vodka. Et, malgré quelques problèmes d’élocution devant sa classe, il se révèle un professeur bien plus captivant ! Il en fait part à ses collègues. Et tous les quatre décident de vérifier, empiriquement, la théorie de Skårderu. L’alcool peut-il avoir des effets bénéfiques sur les rapports sociaux, la créativité, la spontanéité et l’ouverture d’esprit ?

Cela fait des années que Thomas Vinterberg parle de son éloge de l’alcoolisme, citant en exemples Hemingway ou Churchill, buveurs invétérés sans que ça ne les ait empêchés d’écrire des chefs-d’œuvre ou de sauver l’Europe de la barbarie nazie… Coécrit avec Tobias Lindholm (fidèle coscénariste de Vinterberg, qui le suit dans tous ses films danois depuis Submarino en 2010), Drunk marque un retour aux sources pour le cinéaste.

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Un film très personnel

Retrouvant le Danemark après s’être égaré dans le naufrage du Kursk , grosse production belgo-européenne sans âme, Vinterberg est de retour avec un film plus personnel, plus cinglant. Un film vif, porté par une mise en scène inspirée et par quatre comédiens épatants, dont un génial Mads Mikkelsen, que Vinterberg retrouve huit ans après l’ambigu La Chasse.

Et, comme souvent (que ce soit dans l’inoubliable Festen ou dans La Communauté ), Drunk est centré sur la famille. Si le film raconte une histoire d’amitié au masculin, il évoque aussi les conséquences de celle-ci sur la famille, sur le couple. Surtout une fois que l’expérience dérape et que les quatre copains dépassent la limite des 0,5‰ d’alcool. Comme l’affiche régulièrement Vinterberg à l’écran par des inserts qui renforcent le côté "scientifique" de ce film-expérience.

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Une ode à la vie

Pas facile de faire un film qui défende les bienfaits de l’alcool. Venant d’un pays buvant plus que de raison, le Danois ne peut évidemment passer sous silence les méfaits de l’alcoolisme, tant sur les individus eux-mêmes que sur leur entourage. Pour autant, il réussit le tour de force de ne jamais adopter un ton moralisateur. S’en tenant à son propos initial, Vinterberg signe une véritable ode à l’alcoolisme contrôlé, si l’on peut dire. Le cinéaste se fend surtout d’une émouvante ode à la vie, résumée par la sublime scène de danse finale. Son film, Vinterberg le dédie en effet à sa fille Ida, qui l’a beaucoup inspiré dans la préparation de Drunk et qui est morte l’année dernière dans un accident de voiture en Belgique à l’âge de 19 ans…

Un film tout simplement magique qui a triomphé aux European Film Awards, avant de décrocher le César et l’Oscar du meilleur film étranger.

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Drunk / Another Round Drame alcoolisé De Thomas Vinterberg Scénario Tobias Lindholm & Thomas Vinterberg Avec Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Magnus Millang, Lars Ranthe, Maria Bonnevie… Durée 1h55

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