Ce n’est pas un film mais deux que propose Paolo Sorrentino, l’exceptionnel réalisateur de "Il Divo", esquisse éblouissante d'Andreotti, l’ancien Premier ministre italien, et des "Conséquences de l’amour", réflexion en béton sur la mafia.

Le premier film est le portrait d’une rock star amortie, modèle "Cure". Soit une sorte de Robert Smith, retiré des amplis depuis des années à la suite du suicide de deux fans ayant pris ses chansons dépressives un peu trop à la lettre. Les ongles peints, la bouche rouge Dior, les yeux charbonneux, il tue désormais le temps dans son classieux manoir irlandais en jouant à la baballe dans une piscine vide ou en traînant dans les centres commerciaux. Sean Penn livre une composition aussi ramollie qu’irrésistible. Sorrentino ayant eu la bonne idée de le marier avec Frances McDormand, le film tire vers l’humour des Coen, de "Fargo" particulièrement.

On se sent très bien dans ce film, dans cette approche originale et atypique du monde du rock et de ses retraités anticipés; si cool qu’on ne voit pas du tout arriver le deuxième film.

Un des fils prévient Cheyenne de la fin imminente de son père installé à New York. Il arrivera trop tard au chevet d’un paternel auquel il ne parlait plus depuis trente ans. Il prendra néanmoins le relais de sa quête : retrouver son bourreau d’Auschwitz. Et notre rock star, toujours aussi gothique, de se lancer, avec la même énergie molle, dans une chasse au nazi au cœur de l’Amérique profonde. On passe alors de l’univers des Coen à celui de Wenders, à un road movie façon "Paris Texas" fait de paysages sublimes, de rencontres atypiques, mais pas forcément sympathiques, et d’Harry Dean Stanton lui-même.

Où Paolo Sorrentino veut-il en venir dans ce premier film hors d’Italie ? On ne voit pas trop. Quel est le rapport du premier film avec le second ? L’un et l’autre sont passionnants séparément, mais incongrus ensemble. Et l’articulation qui lie l’un à l’autre tient de la grosse ficelle scénaristique. Comme chaque fois, on est bluffé par la direction d’acteurs et la mise en scène du cinéaste italien. Son chef op', Luca Bigazzi, est phénoménal, et attendez de découvrir ce qu’il fait de la chanson des "Talking Heads" qui donne son nom au film !

Réalisation : Paolo Sorrentino. Scénario : P. Sorrentino, Umberto Contarello. Image : Luca Bigazzi. Avec Sean Penn, Frances McDormand, Harry Dean Stanton 1h58.