Tim Burton réussit son pari avec une magnifique adaptation du classique de l’animation Disney.

Enfant illégitime de Disney, où il a fait ses débuts d’animateur à la fin des années 70, avant de claquer la porte en 1985, Tim Burton est revenu en grâce auprès du studio. D’abord timidement en 1993 avec L’étrange Noël de Monsieur Jack. Avant de rentrer par la grande porte en 2010 avec son adaptation en live et en 3D d’Alice au Pays des Merveilles.

Le succès fut tel (plus d’un milliard de dollars de recettes !) qu’un second volet vit le jour en 2016, signé James Bobin, tandis que Burton se voyait confier l’adaptation de Dumbo. Réalisé en 1941 par Ben Sharpsteen, le quatrième classique d’animation Disney transposait à l’écran le personnage d’éléphanteau volant imaginé deux ans plus tôt par l’auteure Helen Aberson et le dessinateur Harold Pearl. Malgré sa brièveté (64 minutes seulement), son histoire basique et son côté cartoon, Dumbo est devenu l’un des Disney les plus appréciés du jeune public.


Conserver le merveilleux

Contrairement à ce qu’il avait fait dans Alice, qu’il avait orienté du merveilleux vers son propre univers fantastique et gothique, Burton refuse cette fois de trop tirer la couverture à lui et conserve la tonalité naïve et chaleureuse du récit. Même si l’histoire se fait nettement plus complexe, faisant intervenir un vétéran de la Première Guerre mondiale (Colin Farrell) qui retrouve ses deux enfants et le cirque dans lequel il travaillait, dirigé par un Monsieur Loyal sur le retour (Danny DeVito). Revenu avec un bras en moins du conflit, Holt Farrier doit dire au revoir à son numéro de fringant cow-boy ; il est relégué aux éléphants. Il doit notamment s’occuper du petit nouveau, dont les oreilles beaucoup trop grandes et la gaucherie lui valent immédiatement le surnom de Dumbo… Et le merveilleux opère immédiatement, grâce à des effets spéciaux numériques époustouflants, qui font de Dumbo un vrai éléphanteau diablement attachant.

Si l’idée de base est respectée (Dumbo va apprendre à voler et tenter de retrouver sa mère) et si Burton et sa scénariste Ehren Kruge (découverte dans un registre très différent avec Transformers ou Ghost in the Shell ) multiplient les clins d’œil aux scènes-clés de l’original (le bain, la mère devenue folle, le numéro de clowns pompiers, les éléphants roses…), le film réussit une vraie mise à jour du classique, abordant des préoccupations et des thèmes très contemporains.

Un film 100 % burtonien

Surtout, le cinéaste américain trouve cette fois le bon équilibre entre film de commande et film d’auteur. Car s’il parlera aux plus petits, Dumbo n’en reste pas moins un film 100 % burtonien. Faisant appel à ses acteurs fétiches (on retrouve ainsi le duo de Batman 2 Michael Keaton et Danny DeVito, mais aussi sa fidèle Eva Green), Burton est évidemment ici en terrain familier, notamment dans sa description de l’univers du cirque et des bêtes de foire… Sans compter qu’avec ses oreilles trop grandes et rejeté par tous, Dumbo est un héros qui ne pouvait qu’intéresser l’auteur de Beetlejuice, Edward aux mains d’argent ou Ed Wood, qui s’est toujours entiché des parias… Enfin, tout en remplissant parfaitement le cahier des charges de la grosse production Disney, le cinéaste parvient à insuffler un côté subversif à son film, un côté anarchisant bienvenu (notamment dans la partie se déroulant dans… un parc d’attractions), dans une magnifique ode à la liberté.

Dumbo Conte magique De Tim Burton Scénario Ehren Kruge Musique Danny Elfman Avec Colin Farrell, Eva Green, Danny DeVito, Michael Keaton, Alan Arkin… Durée 1h40.

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