Après le carton réalisé, en 1984 et 1987, par Le Flic de Berverly Hills 1 & 2, Eddie Murphy est désormais bancable à Hollywood. L’acteur, au sommet de sa coolitude, en profite pour s’offrir le luxe de signer son premier (et dernier) film en 1989, Les Nuits de Harlem (qui lui voudra le Razzie Award du plus mauvais réalisateur). Il a aussi l’idée d’une comédie imaginant un jeune prince africain d’un riche pays imaginaire, le Zamunda, débarquant à New York en compagnie de son fidèle Semmi (Arsenio Hall) pour trouver l’âme soeur et échapper ainsi au mariage arrangé par son père (James Earl Jones).

Confié à John Landis (qui avait dirigé Eddie Murphy tout jeune dans Un fauteuil pour deux en 1983 et qui le redirigera dans Le Flic de Beverly Hills 3 en 1994), Un prince à New York est un triomphe au box-office, rapportant dix fois sa mise de 28 millions de dollars en 1988… Et inaugure une longue période de succès pour l’acteur. Trente-trois ans plus tard, celui-ci, qui accumule les échecs depuis une quinzaine d’années, n’est plus que l’ombre de lui-même dans une suite plutôt dispensable…


Une suite attendue

Confié aux mêmes scénaristes que le film originel (et à Kenya Barris, connu pour la série Black-ish), Un prince à New York 2 est on ne peut plus attendu, accumulant les clins d’oeil (dont quelques-uns amusants) au premier volet, qu’il n’hésite pas à plagier ouvertement, allant jusqu’à reprendre certaines blagues ou des scènes complètes en guise de flash-backs, même si certaines scènes ont été retournées avec un Eddie Murphy rajeuni numériquement…

La star retrouve également ses autres personnages fétiches (le barbier de Harlem, son client juif et le crooner). Inauguré dans Un Prince à New York, le procédé a ensuite fait la marque de fabrique de Murphy, qui l’a souvent réutilisé, notamment dans Le Professeur foldingue.

Après la mort de son père, lors d’une cérémonie funéraire organisée de son vivant — la seule bonne scène du film —, Akeem, devenu roi, se découvre un bâtard à New York, Lavelle (Jermaine Fowle), qu’il s’empresse d’aller chercher pour le ramener en Afrique et le préparer à monter sur le trône du Zamunda, dont le souverain ne peut être qu’un roi. Au grand désespoir de sa fille aînée, la princesse (KiKi Layne, découverte dans le sublime If Beale Street Could Talk)…

© Prime Video

Un film paresseux

Tout le monde a beau avoir joué le jeu, avec le retour du premier casting quasiment au complet (auquel se sont jointes de nombreuses stars black), Un prince à New York 2 ne décolle jamais vraiment. En cause, un scénario faiblard, qui se contente de décalquer celui du premier opus, un cruel manque de rythme, une réalisation sans âme (confiée à Craig Brewer, qui avait déjà dirigé Eddie Murphy dans Dolemite Is My Name, biopic de l'humoriste Rudy Ray Rare pour Netflix en 2019) et des acteurs en pilote automatique. Eddie Murphy n’est décidément plus le roi du cool… Il se fait d’ailleurs voler la vedette par Wesley Snipes en général de pacotille cherchant à marier sa fille au nouveau prince.

S’il tente bien d’intégrer l’air du temps (avec notamment une vague dimension féministe ou des références à Black Panther, dont le Wakanda s’inspirait d’ailleurs vaguement du Zamunda…), Un prince à New York 2 paraît déjà vieilli, plus vieux même que l’original, qui a conservé une partie de son charme. En 2021, on s’étonne en effet du regard que ces acteurs noirs américains portent sur l’Afrique, dans une comédie pas assez drôle qui continue d’accumuler les clichés les plus éculés sur le continent! Quand le premier film moquait plutôt le rêve américain…

Espérons qu'Eddie Murphy retrouvera un peu de sa superbe dans Le Flic de Beverly Hills 4, projet annoncé en 2019 toujours en cours d'écriture annoncé et qui devrait réalisé par le duo flamand Adil El Arbi et Bilall Fallah, déjà auteurs du retour de Bad Boys for Life avec Will Smith et Martin Lawrence.

Disponible sur Prime Video, où l’on peut également revoir « Un Prince à New York ».

© Prime Video

Un Prince à New York 2 / Coming 2 America Comédie nostalgique De Craig Brewer Scénario Kenya Barris, Barry W. Blaustein et David Sheffield Photographie Joe Williams Musique Jermaine Stegall Montage Billy Fox Avec Eddie Murphy, Arsenio Hall, KiKi Layne, Jermaine Fowler, Leslie Jones, Wesley Snipes… Durée 1h50

© Cote LLB