Cinéma Alexis Michalik adapte sa propre pièce à succès sur Edmond Rostand.

Phénomène du théâtre parisien auréolé de cinq Molière depuis sa création en 2016 au Théâtre du Palais Royal (cf. ci-contre), Edmond passe bien le cap du grand écran. Rien d’étonnant puisqu’avant de la porter sur scène, Alexis Michalik avait pensé sa pièce sous la forme d’un scénario… Ce qu’il perd en virevoltes scéniques et en rythme, le metteur en scène le gagne en impact visuel, accouchant d’un beau film classique. Mais sur le fond, l’idée est identique : raconter l’écriture de Cyrano de Bergerac par Edmond Rostand (campé par Thomas Solivérès) en 1897.

En 1895, malgré la présence à l’affiche de Sarah Bernhardt (Clémentine Célarié), la pièce de Rostand La Princesse lointaine fait un énième four. Sortant de la première, Courteline et Feydeau (Michalik himself) se gaussent de ce poète raté, de ce "mauvais Musset". Deux ans plus tard, Bernhardt pousse son protégé à rencontrer le grand comédien Constant Coquelin (Olivier Gourmet), qui triomphe au Théâtre de la Porte-Saint-Martin dans Thermidor de Victorien Sardou. Sauf que Rostand n’a pas de pièce à lui proposer. Alors, s’inspirant de la réplique du patron de café Monsieur Honoré (Jean-Michel Martial), le jeune auteur improvise face au comédien la fameuse Tirade des nez. Coquelin est séduit. Ne reste qu’à écrire la pièce, qui se jouera dans moins d’un mois, à l’occasion des fêtes de fin d’année…

Face à Coquelin en Cyrano, le tandem de producteurs maffieux corses (Simon Abkarian et Marc Andréoni) imposent en Roxane Maria Legault (Emmanuelle Seigner), une comédienne trop âgée pour le rôle mais qui est… leur ancienne maîtresse. Tandis que Christian sera interprété par Maurice Volny (Tom Leeb), un ami de Rostand amoureux fou de Jeanne (Lucie Boujenah). Et comme son personnage, ce grand nigaud a bien besoin de son compère lettré pour lui souffler à l’oreille les mots doux capables de charmer cette jolie costumière…

On l’a compris, il n’est pas question pour Michalik de livrer un biopic d’Edmond Rostand. Edmond est une pure fantaisie théâtrale, qui imagine comment, en regardant le monde qui l’entourait, l’auteur de 29 ans a puisé son inspiration pour écrire Cyrano, la pièce la plus jouée du répertoire français. Ce à quoi s’attelle l’acteur, auteur et metteur en scène franco-britannique, c’est aussi à une mise en scène décalée de la pièce elle-même. Dans cet univers imaginaire, les personnages de Rostand se confondent en effet avec ceux du film de Michalik. Ainsi, Rostand et Cyrano ne font qu’un, tout comme Volny et Christian et, bien sûr, la belle Jeanne et Roxane. Du pur bonheur pour les acteurs évidemment. Notamment pour Olivier Gourmet, attachant en grand comédien bourré de doutes et qui s’offre quelques jolies tirades en prime, dont celle des nez.

Le procédé est, certes, un peu facile, la mise en scène assez scolaire et la reconstitution historique poussiéreuse par moments, mais Alexis Michalik signe néanmoins un divertissement populaire pétillant, avec un casting ébouriffant. Tout en donnant envie de revoir la pièce de Rostand sur scène ou le film de Jean-Paul Rappeneau, avec un Gérard Depardieu alors au sommet de son art…


© IPM
Scénario & réalisation : Alexis Michalik. Photographie : Giovanni Fiore Coltellacci. Musique : Romain Trouillet. Avec Thomas Solivérès, Olivier Gourmet, Mathilde Seigner, Tom Leeb, Alice de Lencquesaing, Lucie Boujenah… 1 h 50.