Polanski adaptant « La Venus à la fourrure » l'ouvrage de Léopold von Sacher-Masoch - qui donna son nom au masochisme – en compagnie de sa femme Emmanuelle Seigner, voilà qui promettait un point final sulfureux à la compétition cannoise. Après un plan d'ouverture hypnotique et vaguement inquiétant, on pénètre dans un théâtre un peu ringard – au programme, une production belge, « La chevauchée fantastique » en comédie musicale - et le ton change.

Un metteur qui vient de terminer une journée d'auditions voit débouler une comédienne haute en couleur. Emmanuelle Seigner en fait d'ailleurs des tonnes dans le but de faire rigoler. Elle surjoue une actrice de troisième zone, trempée et gouailleuse, bref elle fait plutôt la Mathilde.

Polanski s'est-il trompé de Seigner? Ca fait très peur. Est-ce son film de trop? Une fausse bonne idée de cadeau à sa femme? Parvenant à ses fins, la comédienne monte sur scène, empoigne le texte et il se produit alors quelque chose de vraiment magique: on la voit rentrer et sortir du personnage, ou plutôt passer d'un personnage à l'autre de la brute de décoffrage à l'interprète subtile, juste en variant d'un quart de ton.

Au-delà de la performance tout à fait bluffante, on a le sentiment d'assister simultanément à une représentation de « La venus à la fourrure » et à une explication de textes, une sorte de « SM pour les nuls ». C'est d'autant plus vivant et passionnant, que ce commentaire se compose à la fois d'un débat entre les deux protagonistes dont les interprétations sont contradictoires et d'une mise en abyme. Ce rapport sado-masochiste serait-il typique du théâtre, du cinéma, de la relation qui se noue entre la comédienne et le metteur en scène? Et en choisissant Mathieu Amalric qui lui ressemble comme un lutin, comme un double; Polanski ajoute son couple à la perspective.

Un décor, un livre , deux acteurs, le réalisateur du « Locataire » - qu'il autocite à la fin - n'a besoin de rien d'autre pour livrer son interprétation lumineuse d'un ouvrage majeur, tout en réglant quelques comptes personnels. Il offre également une leçon de mise en scène. Et tout particulièrement de direction d'acteurs. Un comédien qui joue faux ou qui joue juste, cela tient à très peu de choses et Polanski le fait entendre distinctement au spectateur, traité ici comme un mélomane.

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