Cinéma

Retranché comme bibliothécaire au château de Dux en Bohême depuis 1785, Casanova termine sa vie tristement (il y mourra le 4 juin 1798 à l’âge de 73 ans). Aigri, il se souvient avec nostalgie de sa vie d’aventures à travers l’Europe, qu’il retrace, en français, dans son autobiographie Histoire de ma vie. Intriguée par la réputation qui entoure le personnage, l’une de ses étudiantes l’interroge sur ses innombrables conquêtes. Mais c’est surtout d’une dont il se souvient, celle qui, justement, ne s’est jamais offerte à lui… C’était à Londres trente ans auparavant, quand il est tombé follement amoureux d’une jeune courtisane, Marianne de Charpillon (Stacy Martin)… Se refusant à une relation tarifée dont elle est coutumière, elle exige de Casanova qu’il dépasse son simple désir pour apprendre l’amour…

Après son Sade en 2000, Benoît Jacquot - coproduit, comme pour Journal d’une femme de chambre , par les frères Dardenne - revient sur une grande figure de libertin. Mais pour aborder Casanova, grande figure littéraire du XVIIIe siècle, le cinéaste français choisit la petite porte. Refusant de broder sur la légende du séducteur vénitien sulfureux qui lâche ses conquêtes aussi vite qu’il est parvenu à se glisser dans leur lit, Jacquot choisit au contraire de montrer un homme qui, pour la première et la dernière fois de sa vie, connaît la souffrance amoureuse.


Un épisode ironique

Cet épisode ironique de La Charpillon menant par le bout du nez le grand Casanova est bien connu ; l’auteur anglais Andrew Miller y a par exemple consacré son Casanova en 1988. Mais Jacquot et la romancière Chantal Thomas (grande connaisseuse de l’œuvre de l’auteur italien, qui lui avait consacré un essai en 1985, Casanova, un voyage libertin, et dont le cinéaste avait déjà adapté le roman Les adieux à la reine en 2012) reviennent ici au récit qu’en fit Casanova lui-même dans Histoire de ma vie. Pour aborder une autre facette du personnage : le romantisme et la fragilité d’un homme qui, par amour, accepte d’être humilié par une jeune femme de petite vertu…

Sur un sujet pas si éloigné, on se souvient de la légèreté d’Emmanuel Mouret dans Mademoiselle de Joncquières (où Cécile de France menait Edouard Baer par le bout du nez). Fidèle à son cinéma, Benoît Jacquot choisit au contraire une approche sobre, épurée, pour ne pas dire austère. A l’image du jeu, volontairement atone mais habité, de Vincent Lindon qui tourne pour la cinquième fois avec le réalisateur (notamment après Le septième ciel et Pas de scandale ). Pas exactement le Casanova attendu, l’acteur la joue minimaliste face à la magnétique Stacy Martin , actrice franco-britannique vue récemment dans Amanda , qui confirme un vrai tempérament.

Dernier amour Passion historique De Benoît Jacquot Scénario Benoît Jacquot&Chantal Thomas (d’après Histoire de ma vie de Casanova) Photographie Christophe Beaucarne Musique Bruno Coulais Avec Vincent Lindon, Stacy Martin, Valeria Golino, Catherine Bailey… Durée 1 h 38.

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