"Le Chant des hommes" raconte une grève de la faim de sans-papiers étrangers. Les réalisateurs ont fait appel à des artistes, eux-mêmes migrants. Plusieurs d'entre eux nous ont livré leur histoire, qui rejoint parfois celle de leurs personnages.

"Je dis souvent que j’ai le cul entre deux chaises, mais que c’est assez confortable !", plaisante Assaâd Bouab quand on lui demande de parler de son parcours. De père marocain et de mère française, le comédien a passé son enfance à Rabat avant de rejoindre Paris et la fac à 18 ans."De par mon histoire, j’ai connu le déracinement, j’ai connu les questionnements sur l’identité. Au Maroc, on me prenait pour le Français et, en France, je suis l’Arabe. Mais grâce à ma double nationalité, je n’ai jamais été confronté aux problèmes d’intégration et de titres de séjour des migrants."

Khader, le jeune marocain qu’il interprète dans "Le chant des hommes", a lui aussi grandi dans son pays natal avant de rejoindre l’Europe pour ses études. Mais il pense plus à la fête qu’à ses études et rate son diplôme, ce qui lui fait perdre son titre de séjour. N’osant faire face à sa famille au pays, il leur raconte qu’il a trouvé du travail dans un laboratoire. Croyant qu’il a un bon salaire, sa famille lui réclame de l’argent. Khader est alors pris dans une spirale infernale et prend la tête de la grève de la faim.

"Rectifier le tir"

"Comme lui, je me suis vite rendu compte en arrivant en Europe que les études d’éco-gestion n’étaient pas pour moi", poursuit Assaâd en rigolant. "Mais moi, j’ai trouvé ma voie ailleurs, dans le théâtre."Trois ans au Cours Florent, puis quatre au Conservatoire lui permettent de décrocher en 2005 un rôle dans le film "Indigènes" de Rachid Bouchareb. "Je suis très fier de ce film. C’est un film qui a pu légèrement rectifier le tir dans les idées reçues. Si "Le chant des hommes" peut faire pareil, ce serait formidable."

Dix ans après ce premier rôle, Assaâd Bouab, devenu un acteur confirmé, continue à chercher des scénarios profonds, des histoires vraies, avec des thèmes qui dérangent. "Pour ce nouveau film, j’ai dû m’imprégner des gens que j’ai côtoyés. J’étais à des années lumières d’imaginer ce qu’ils avaient vécu. J’ai passé beaucoup de temps avec eux, je leur ai posé des questions. Quand on a grandi dans un peu protégé, on ne sait rien de cette réalité. Il faut avoir rencontré des gens qui ont traversé le désert, la mer, pour avoir envie se mettre debout et de faire quelque chose."

Pour ce rôle, Assaâd Bouab a dû se "remarocaniser". "Il a fallu que je retrouve le phrasé que j’avais en quittant le Maroc, que j’ai dû gommer pendant mes études théâtrales. Il fallait tout déconstruire, je devais retrouver mon accent chantonnant, retrouver mes fautes grammaticales par-ci par-là. Je me suis revu à 18 ans, avec ce non-contrôle."