Cinéma La dernière création de Pierre Salvadori, orfèvre en comédie.

Il est beaucoup question de bijoux, de diamants, de bagues dans En Liberté. D’ailleurs, à sa manière, Pierre Salvadori est un bijoutier. Il cisèle des quiproquos très élégants, il sertit des dialogues étincelants, il polit des situations riches qui réfléchissent le monde extérieur et mettent parfois le spectateur dans un état poétique. Dans la cour, Après vous, De vrais mensonges brillent longtemps dans les mémoires, à cause de l’éclat d’une scène, de la grâce d’un reflet et aussi car ils sont Hors de prix.

Pourtant le sujet peut être grave, souvent même. Apr è s vous commençait par un suicide, En Liberté par une sortie de prison. Antoine vient d’y passer huit ans, victime d’une arnaque à l’assurance. Son patron avait organisé un hold-up bidon avec la complicité d’un inspecteur de police. Pour se protéger, les coupables avaient envoyé le seul innocent derrière les barreaux.

Quand la veuve du policier, un héros dont la ville du midi vient d’inaugurer une place à son nom, découvre que son mari était un ripou, coupable d’avoir volé huit ans de la vie d’Antoine, elle se sent horriblement mal. Elle voudrait faire quelque chose, mais quoi, pour cet homme en colère depuis 96 mois.

Entre celle qui se sent coupable alors qu’elle n’a rien fait et celui qui voudrait consommer du délit pour les huit années qu’il a payées anticipativement, Salvadori a façonné une chaîne de quiproquos. On reconnaît son style, cette façon de tailler l’oxymore - "la cruauté de l’innocent" par exemple. On est médusé par sa griffe si poétique lorsqu’Agnès, l’amie d’Antoine, lui demande de répéter trois fois la scène de leurs retrouvailles pour que la réalité corresponde à ce qu’elle avait imaginé.

C’est précisément cette dimension que le film explore, celle qui existe entre la vie qu’on vit et celle qu’on se raconte. D’ailleurs les personnages discutent beaucoup avec eux-mêmes.

On reconnaît son humour en équilibre entre loufoquerie et dépression, sa touche qui crée une atmosphère unique dans la comédie made in France.

En liberté est un authentique collier Salvadori, que le réalisateur vient d’installer dans sa vitrine. Toutefois, on peut préférer d’autres pièces exposées à cause du rayonnement de leurs acteurs.

Adèle Haenel et Pio Marmai font très bien le job, mais sans le grain de folie, sans la poésie de Sandrine Kiberlain ou Sami Bouajila dans De vrais mensonges, par exemple. Il y a bien Damien Bonnard, dont le sourire béat est inoubliable, mais Vincent Elbaz fait carrément contrefaçon.


© IPM
Réalisation : Pierre Salvadori. Scénario : Pierre Salvadori, Benoît Graffin, Benjamin Charbit. Avec Adèle Haenel, Pio Marmai, Damien Bonnard… 1 h 48.