Avant d’être une marque de cigarettes, Lucky Strike désignait le « coup de chance » qui permettait à un prospecteur de découvrir un bon filon durant la ruée vers l’or. Le filon de la chance, ici, est un sac Vuitton renfermant un paquet de billets non pas verts mais jaunes, puisqu’il s’agit de wons coréens. Au début du film, on suit ce sac, déposé dans la consigne d’un sauna. En vidant les casiers, le concierge (Bae Seong-woo) met la main sur le pactole. Au même moment, on retrouve le corps dépecé d’une femme dans un lac des environs de Séoul. Outre l’employé chanceux, vont se croiser un agent de l'immigration endetté (Jung Woo-Sung), un prêteur sur gages (Jeong Man-Sik), une femme très fatale (Jeon Do-Yeon), une autre battue (Shin Hyun-Bin), un homme de main adepte du couteau à sashimi (Bae Jin-woong)… tous à la recherche du magot.

Ce récit gigogne est adapté d’un roman noir de Keisuke Sone, auteur japonais. Les plus paresseux verront en Kim Yong-hoon un Tarantino d’Extrême-Orient, période Pulp Fiction-Jackie Brown. L’arbre tarantinesque cache les racines : il s’agit plutôt d'un Elmore Leonard à la sauce nippo (pour le roman) coréenne (pour le film). Même s’ils ne l’ont jamais lu, les cinéphiles connaissent Elmore Leonard, maintes fois adapté, outre le Quentin : Monsieur Majestyk (1974) de Richard Fleischer, 52 Pick-up (1986) de John Frankenheimer, Get Shorty (1995) de Barry Sonnenfeld, Out of Sight (1998) de Steven Soderbergh...

Comme dans ce dernier, le récit joue d’une temporalité croisée qui brouille les repères du spectateur au début. Artifice inutile : le décor et ses personnages mettent un brin de temps à se planter. Une fois l’échiquier dressé, la partie est truculente et rocambolesque. L'exotisme du contexte repimente un peu les codes du genre, éculés dans le cinéma anglo-saxon. Avec, comme chez Leonard, des personnages féminins qui ne font pas que tapisserie ou tapinerie (mention à Jeon Do-Yeon). Les amateurs apprécieront la déclinaison, les blasés seront lassés.

Au final, comme il se doit, personne n’en sort tout à fait indemne - c’est du vrai film noir hard boiled. Comme aux temps héroïques où le cinéma noir hollywoodien arpentait l'Asphalt Jungle, il faut dans la Corée contemporaine un brin de morale sur le mode « bien mal acquis… ». Pour faire bonne mesure, le réalisateur la double d'une petite touche de justice sociale.

© LLB

Réalisé par Kim Yong-hoon avec Jeon Do-yeon, Jung Woo-sung . 1h48