Pendant la nuit, des squatters coupent la chaîne d’une grille, forcent une fenêtre et investissent une imposante bâtisse isolée. Au très petit matin, ils sont brutalement réveillés par la guardia civil. Un des occupants affirme que cette ferme est celle de son grand-père, d’ailleurs son frère arrive avec les clefs. De fait, celui-ci est en route au volant de son camion et en compagnie de leur sœur qui s’est imposée dans la cabine.

Les retrouvailles des Hernandez ne sont pas vraiment fraternelles. Voilà quatre-cinq ans, qu’ils ne se sont pas vus, et visiblement, personne n’en a souffert. Le grand frère, qui a repris le camion paternel, et le petit, qui fait du squat politique, n’ont rien à se dire. Le petit n’a même pas fait savoir au grand qu’il était tonton depuis trois ans. S’ils se retrouvent, c’est pour décider du sort de cette exploitation vinicole à l’abandon. Le grand veut la vendre, le petit la transformer en communauté post-hippie. De quel côté, leur sœur va-t-elle faire pencher la balance ?

De temps en temps, on pense à Ce qui nous lie de Cédric Klapisch à cause des retrouvailles de deux frères et une sœur confrontés à un héritage au milieu des vignes. On y pense, car il y avait un sujet, un scénario, des acteurs, une fratrie, une mise en scène, du cinéma quoi ! Rien de tout cela dans Escapada, juste trois personnages vaguement esquissés et trois acteurs dans l’embarras. Certes, on voit bien l’idée "bateau" générale de Sarah Hirtt : opposer réalisme et utopie, capitalisme et radicalisme. Mais rien n’est incarné dans ce scénario qui confond trou et ellipse, qui s’acharne, sans y parvenir, à enclencher une tension dramatique. On se demande si on assiste à un film ou aux premières répétitions, tant ces acteurs ont l’air abandonnés à eux-mêmes. Avec l’aide des musiciens, le monteur a fait ce qu’il pouvait pour faire tenir debout, ce bout à bout.

Escapada Tragédie bouchonnée. De Sarah Hirtt. Avec François Neycken, Raphaëlle Corbisier. Durée 1h29