Après Grâce à dieu (2019), sur fond d’actualité et de libération de la parole de plusieurs victimes d’un prêtre pédocriminel, François Ozon revient au romanesque et à une forme de légèreté.

Forme parce qu’Été 85, solaire tel son titre, est néanmoins hanté par la mort. Mort qui fascine Alexis (Félix Lefebvre), ado de 16 ans, féru d’égyptologie, et dont on comprend qu’elle sera présente, par le jeu d’une voix off et d’un récit en flashback. Alex est sous le coup d’une inculpation judiciaire. Il ne veut expliquer son acte à l’éducatrice en charge du dossier (Aurore Broutin), mutisme qui peut entraîner une condamnation sévère. Son professeur de littérature (Melvil Poupaud, dans un beau rôle de mentor bienveillant) l’amène à coucher sa version des faits sur papier.

Pour comprendre son geste, il faut remonter au début de cet été 85 et à sa rencontre avec David, 18 ans, beau gosse de cette station balnéaire normande. Lors d’une sortie en mer, Alex chavire et David vient à son secours. Il le prend sous son aile et le ramène dans sa belle demeure.

Beaucoup les sépare : David vient d’une famille aisée - sa mère (Valeria Bruni Tedeschi) tient un commerce d’articles de pêche - là où les parents d’Alex tirent le diable par la queue. David est un hédoniste extraverti, Alex un introverti hésitant.

L’amitié est soudaine. Un peu trop pour ne pas receler autre chose. S’ensuivent sorties en bateaux et en boîte, découverte de l’amour, de la sexualité et serment romantique : si l’un disparaît le premier, l’autre ira danser sur sa tombe. Obsession de la mort, pulsion de vie…

La fureur de vivre trouble et tragique de David a des échos du Désordre d’Olivier Assayas, contemporain du récit. Mais Ozon, qui avait 17 ans alors, porte un regard plus apaisé sur cet Eté 85 qui exhale le parfum des romances pré-Tinder, une innocence surannée, un brin nostalgique.

Ce n’est pas le portrait d’une époque, même si le cynisme amoureux de David annonce l’émergence d’un consumérisme des sentiments. Le sida, drame d’une génération, n’est pas évoqué. L’homosexualité est à peine un enjeu. Cette histoire d’amour est celle d’une mue, dont le Cruel Summer de Bananarama ou les accords entraînant d’In Between Days de The Cure, constituent des clés de lecture.

En dépit du drame vécu, l’initiation ne sera finalement qu’une transition dans une vie en devenir. On se laisse porter par ce romantisme écorché vif d’un autre âge et un pas de danse scabreux et funambule sur le pourtant "bateau" I’m sailing de Rod Stewart qui en devient poignant. Vogue la vie et une vocation naissante. A travers Alex, c’est aussi François qui se raconte.

Eté 85 Amours adolescentes De François Ozon Scénario François Ozon Avec Félix Lefebvre, Benjamin Voisin, Valeria Bruni Tedeschi,… Durée 1h40.

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