Michael Moore veut faire concourir "Fahrenheit 9/11" pour l’Oscar du meilleur film, et pas pour celui du meilleur documentaire. En accord avec son producteur Harvey Weinstein, le réalisateur pense que son documentaire, violent réquisitoire contre George W. Bush, a plus de chances de victoire s’il se concentre uniquement sur la catégorie "meilleur film".

Mais "pour moi, le vrai Oscar, ce serait une défaite de Bush le 2 novembre", a-t-il déclaré lundi à l’Associated Press.

"Fahrenheit 9/11", réalisé pour six millions de dollars de budget, a été l’une des révélations de l’année au box-office américain, avec 117,3 millions de dollars de recettes, record de tous les temps pour un documentaire.

Ce succès a suivi son triomphe au Festival de Cannes, où le film a remporté la Palme d’or, premier documentaire à réussir cet exploit depuis "Le monde du silence" en 1956.

En choisissant de concourir dans la catégorie "meilleur film", Michael Moore se dit aussi "solidaire de (ses) collègues de films documentaires". Il veut ainsi laisser davantage de chances de victoire à des documentaires comme "Super Size Me" (critique de la nourriture fast-food) ou "Control Room" (documentaire sur la télévision arabe).

Michael Moore a déjà obtenu l’Oscar du meilleur documentaire pour "Bowling for Columbine", qui dénonçait les armes en vente libre aux Etats-Unis. "Ce n’est pas que je veuille manquer de respect et dire que je ne veux pas d’un autre Oscar (du meilleur documentaire). Mais simplement, cela me paraît la meilleure chose à faire (...) je ne veux pas détourner à mon profit l’attention que méritent largement" les autres réalisateurs de documentaires.

Aucun documentaire ni aucun dessin animé n’a jamais remporté l’Oscar dans la catégorie "meilleur film".

Dans une récente interview à "Rolling Stone", Michael Moore a souhaité que "Fahrenheit 9/11" passe à la télévision américaine, ce qui, selon les règlements des Oscars, le disqualifierait pour la catégorie "meilleur documentaire" mais lui permettrait de concourir comme "meilleur film".

Quel que soit le résultat de l’élection présidentielle, la présence du film à la prochaine cérémonie des Oscars en février sera en elle-même une nouvelle victoire, un nouveau forum pour l’opinion américaine, estime le réalisateur. "Le sujet du film -le terrorisme, la guerre contre le terrorisme, la guerre en Irak- sera encore d’actualité dans cinq mois, hélas. Les questions qu’il soulève n’en seront pas moins pertinentes, l’an prochain."