Cinéma Superbe adaptation du classique de Tom Hardy signée Thomas Vinterberg. Avec Matthias Schoenaerts et Carey Mulligan.

"Loin de la foule déchaînée" détonne dans l’œuvre de Thomas Hardy (1840-1928), le Zola britannique, maître du courant naturaliste anglais dont les œuvres ont souvent été portées à l’écran : "Jude l’Obscur" par Michael Winterbottom en 1996, ou "Tess d’Urberville" par Polanski en 1979. Malgré son contexte social très fort, son second roman, paru en feuilleton en 1874, est un drame psychologique teinté d’un profond romantisme, décrivant l’amour impossible entre une jeune orpheline anglaise, Bathsheba Everdene, héritant du jour au lendemain de la ferme de son oncle, et Gabriel Oak, berger désargenté enamouré qui devient son contremaître…

Déjà adapté au cinéma par John Schlesinger en 1967, avec Julie Christie, Terence Stamp et Alan Bates, "Loin de la foule déchaînée" inspire à Thomas Vinterberg l’un de ses films les plus classiques. Fidèle à la trame d’Hardy, le cinéaste danois trouve un bel équilibre entre romantisme de l’histoire et une forme de naturalisme, notamment dans cette façon de filmer la nature, les animaux, les insectes… Un peu à la façon d’Andrea Arnold dans sa très forte adaptation des "Hauts de Hurlevent" d’Emily Brontë en 2012. Sinon que l’ancien adepte du mouvement Dogma ("Festen" en 1998) opte pour une mise en scène beaucoup plus sage, plus proche de la sensibilité mélodramatique d’"It’s All About Love" (2003) que de l’étude glaciale de "The Hunt" (2012).

S’il n’empêche pas une forme de distance avec les personnages, ce classicisme assumé séduit dans "Far From the Madding Crowd", qui choisit la simplicité pour raconter au spectateur du XXIe siècle une histoire de la seconde moitié du XIXe siècle qui n’a rien perdu de son actualité à l’heure où les écarts entre classes sociales se creusent.

Outre une mise en scène soignée, non seulement en termes de reconstitution historique mais aussi dans sa capacité à intégrer le récit dans un décor très anglais, le film séduit par son casting. Déjà vue dans "Pride and Prejudice", "Drive", "Shame" ou "The Great Gatsby", la jeune actrice britannique Carey Mulligan trouve enfin un premier grand rôle à sa mesure. Avec un mélange déroutant de délicatesse et de détermination, elle incarne cette mélancolique Bathsheba Everdene, condamnée à renoncer à l’amour par respect des conventions sociales. Une femme forte (chef d’entreprise), féministe avant l’heure, derrière laquelle Mulligan laisse transparaître les tourments de cette passion impossible qui la dévorent. Face à elle, Matthias Schoenaerts se montre très convaincant en amant éconduit et patient. Comme souvent extérieurement impassible, le comédien flamand fait preuve ici d’une sensibilité comme on ne lui en avait plus vue depuis "De rouille et d’os". Prouvant définitivement qu’il n’est pas que cette masse de muscles impressionnante découverte dans "Rundskop" et que sa carrière internationale est définitivement sur des rails…


© DR
 Réalisation : Thomas Vinterberg. Scénario : David Nicholls (d’après le roman de Thomas Hardy). Photographie : Charlotte Bruus Christensen. Musique : Craig Armstrong. Avec Carey Mulligan, Matthias Schoenaerts, Michael Sheen, Juno Temple… 1h59