L’acteur est aussi brillant que le metteur en scène est médiocre.

Mon dieu, mon dieu, tout ça pour ça ! Tout ça pour regarder les rayons de la providence emmener Troy au ciel. Reste une question. Pourquoi Denzel Washington est-il si mauvais pendant 2h10 ?

Réponse au générique : directed by Denzel Washington. On aime Denzel Washington, pour sa classe, son intensité, sa sobriété. Mais lui, apparemment, il s’aime quand il surjoue, quand il surligne, quand il cabotine, quand il occupe tout l’écran.

Avec "Fences", Denzel Washington se montre un piètre réalisateur, incapable de diriger le merveilleux acteur Denzel Washington. Plus académique, tu meurs. Toutes les portes sont ouvertes et Denzel les enfonce, les unes après les autres. Il ne faut pas dix minutes pour comprendre qu’on est au théâtre (ce soir). Les scènes n’ont aucune dynamique et la convention théâtrale reste en travers de l’écran. Même Virginia Woolf et son mari ne parlent pas cette langue châtiée, sophistiquée, littéraire; alors chez Troy l’éboueur et sa femme Rose…

Washington tente de gommer l’extrême artificialité en appuyant sur le pittoresque. On se dit même que l’auteur a dû lire Pagnol et lorsqu’arrive la scène finale avec la chanson du chien, on est convaincu qu’il a vu "la Femme du boulanger".

Quand le frère handicapé pointe le bout de sa trompette, on touche le fond. Pitié, pas cette caricature. Arrêtez de gâcher ce sujet passionnant : comment éduquer quand on est un enfant d’esclave, qu’on n’a pas reçu d’éducation. Vertigineux, le sujet ne produit ici que des platitudes.

Tout est-il à jeter ? Non, car il y a Viola Davis. Dans cette daube, elle fait mieux que de mijoter, elle donne du goût, illumine chaque scène, produit un peu d’émotion. Comment ne pas être un inconditionnel de Viola Davis ?


© IPM
Réalisation : Denzel Washington. Scénario : August Wilson d’après sa pièce. Avec Denzel Washington, Viola Davis, Stephen Henderson… 2h 19.